Monsanto accusé d’avoir manipulé des données scientifiques pour promouvoir ses pesticides
Monsanto a construit de la fausse science pour vendre ses pesticides
Le glyphosate, pesticide le plus utilisé au monde, continue de susciter des controverses. En France, Emmanuel Macron avait promis en 2017 d’interdire son utilisation « au plus tard dans trois ans ». Cependant, près d’une décennie plus tard, la France reste le pays d’Europe consommant le plus ce désherbant, commercialisé par Monsanto sous le nom de Roundup.
Classé « cancérogène probable pour l’humain » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2015, le glyphosate soulève des questions persistantes. Malgré des années de mobilisations citoyennes et d’études scientifiques appelant à son interdiction, son utilisation demeure légale. La bande dessinée La Bataille du glyphosate, disponible en librairie depuis le 17 septembre, retrace ce scandale sanitaire et politique. Son autrice, Aurore Gorius, met en lumière le lobbying industriel qui prévaut sur les considérations de santé publique.
Les premières alertes scientifiques sur la cancérogénicité du glyphosate remontent à 1983. Pourtant, le doute persiste parmi de nombreux élus et agriculteurs. Selon Aurore Gorius, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis a à l’époque conclu à la dangerosité du glyphosate, mais cette étude a été étouffée. Monsanto a mené une étude alternative qui a minimisé les risques, permettant de maintenir le produit sur le marché.
Cette stratégie, qualifiée de « fabrique du doute », consiste à remettre en question les études défavorables à l’entreprise. En parallèle, des scientifiques sont parfois rémunérés pour signer des études qu’ils n’ont pas réellement rédigées, une pratique connue sous le nom de « ghostwriting ».
Des millions de documents internes à Monsanto ont été déclassifiés en 2017, révélant que des chercheurs avaient accepté de prêter leur nom à des études biaisées, écrites par la société. Ces pratiques remettent en question l’intégrité scientifique et alimentent le scepticisme autour des effets du glyphosate.
En 2015, la classification du glyphosate par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a entraîné des intimidations à l’encontre des experts impliqués. Des menaces de poursuites judiciaires ont été rapportées, ainsi que des tentatives de nuire à la réputation de ces scientifiques.
Monsanto a également déployé des efforts pour influencer les décisions à Bruxelles. En 2016, un contrat de plus de 14 millions d’euros a été signé avec l’agence de communication FleishmanHillard pour orchestrer des campagnes d’influence, incluant la création de fausses mobilisations d’agriculteurs.
Cette stratégie a porté ses fruits : le glyphosate a été renouvelé pour cinq ans en 2017, puis pour dix ans en 2023, malgré des preuves croissantes de sa dangerosité. Les lobbies de l’agrochimie, bien ancrés dans les institutions européennes, continuent de peser lourdement sur les décisions politiques.
La bande dessinée La Bataille du glyphosate évoque également le parcours difficile des victimes, comme Jean-Claude Terlet, viticulteur atteint d’un cancer de la prostate après avoir utilisé des herbicides à base de glyphosate pendant des décennies. Sa plainte contre Monsanto s’est transformée en un parcours du combattant, illustrant les défis auxquels font face ceux qui cherchent à obtenir justice.
Pour conclure, le glyphosate reste un sujet de débat intense, illustrant les tensions entre intérêts industriels et santé publique.
Source : Reporterre
