« Le film « Not a Pretty Picture » de Martha Coolidge aborde le consentement en 1976 »
Not a Pretty Picture : Un film précurseur sur le consentement projeté à Deauville
Le film de Martha Coolidge, projeté dans sa version restaurée au Festival du cinéma américain de Deauville 2026, aborde le viol subi par la réalisatrice à l’âge de 16 ans. Cinquante ans après sa sortie, son premier film soulève des questions toujours d’actualité sur le consentement et la représentation des violences sexuelles.
Le 12 septembre 2026, Not a Pretty Picture, le premier long métrage de Martha Coolidge, a été projeté dans la section « Premières » du Festival du cinéma américain de Deauville. Bien que datant de 1976, les thèmes abordés dans le film, tels que le consentement, la culpabilité des victimes et les justifications masculines, résonnent encore aujourd’hui.
Martha Coolidge s’inspire de son expérience personnelle. À 16 ans, elle est violée par un camarade. Plus d’une décennie plus tard, en tant que documentariste, elle choisit de reconstituer cet événement à l’écran. Not a Pretty Picture oscille entre fiction et documentaire, avec Michele Manenti dans le rôle de l’adolescente Martha et Jim Carrington dans celui de son agresseur. Le film inclut des scènes de répétition et des discussions avec les acteurs, révélant ainsi le processus de création.
Ce choix de mise en scène est au cœur du projet de Coolidge. Dans un entretien avec Filmmaker Magazine en 2022, elle évoque sa volonté de rendre visible la fabrication des images, contrairement à ce que la fiction tend à effacer. La réalisatrice interagit avec ses acteurs, les incitant à partager leurs propres expériences et perceptions de la sexualité, tout en maintenant une distance critique pour le spectateur.
Derrière cette reconstitution se cachent les mécanismes du viol. La caméra continue de filmer lorsque les acteurs abandonnent leurs rôles. Michele Manenti, qui a également vécu un viol, apporte une dimension personnelle au film. Les échanges avec Jim Carrington, qui joue l’agresseur, mettent en lumière des raisonnements qui sont encore présents dans la culture du viol aujourd’hui. Le film interroge les justifications et la minimisation de la responsabilité qui pèsent sur les victimes.
Bien que le terme « consentement » n’ait pas encore le poids qu’il acquiert aujourd’hui, Not a Pretty Picture aborde déjà des thèmes tels que la peur, l’intimidation et l’impossibilité de faire entendre un refus. Il explore également la manière dont l’entourage interprète les événements, souvent en alimentant la culpabilité des victimes.
Ce film marque le début d’une carrière prolifique pour Martha Coolidge, qui réalisera par la suite des œuvres notables telles que Valley Girl (1983) et Rambling Rose (1991), ainsi que des productions pour la télévision. En 2002, elle devient la première femme présidente de la Directors Guild of America, un engagement qui souligne l’importance des questions de genre et de pouvoir dans son parcours.
Cinquante ans après sa première sortie, Not a Pretty Picture est de nouveau à l’honneur à Deauville, grâce à une restauration en 4K réalisée par l’Academy Film Archive et The Film Foundation. Ce travail a permis de redonner vie à un film longtemps difficile à trouver. Une nouvelle projection est prévue le 13 octobre au mk2 Bibliothèque, avec une sortie en salles en France prévue pour 2027.
Source : Festival du cinéma américain de Deauville, Filmmaker Magazine.
