En Amazonie brésilienne, l’exploitation pétrolière suscite des inquiétudes environnementales.
En Amazonie brésilienne : rêve d’or noir et crainte de marée noire
Dans le village de Manga, situé à une vingtaine de kilomètres du centre d’Oiapoque, une ville frontalière avec la Guyane, l’enthousiasme est palpable depuis que Petrobras a commencé son exploration pétrolière offshore il y a un an. La compagnie publique brésilienne a récemment annoncé avoir découvert des hydrocarbures lors de son premier forage, situé à 175 km de la côte. Pendant ce temps, le Guyana et le Suriname exploitent déjà d’importantes réserves.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, en campagne pour sa réélection en octobre, a qualifié ce pétrole de « passeport pour l’avenir ». Pour se rendre à Oiapoque, il faut parcourir environ 600 km depuis Macapa, la capitale de l’État de l’Amapa, en empruntant des pistes de terre souvent en mauvais état.
Malgré l’enthousiasme de nombreux habitants d’Oiapoque, qui espèrent des retombées économiques dans cette ville marquée par la pauvreté et des infrastructures limitées, le cacique Wagner Karipuna exprime des inquiétudes. À 57 ans, il souligne que « l’eau n’a pas de frontière » et craint que des fuites de pétrole n’affectent la rivière Curipi, qui traverse son village de 1.800 habitants.
Petrobras, de son côté, as que ses analyses ne montrent pas de risque significatif de marée noire. Jean Paul Prates, ancien président de l’entreprise, admet cependant qu’il n’existe pas de « risque zéro » dans l’exploration offshore, soulignant que les conséquences d’un incident pourraient être graves.
Wagner Karipuna se dit déçu par Lula, qui se présente comme un défenseur de l’environnement et des peuples autochtones. Il note déjà des impacts négatifs, tels que le bruit des avions et des hélicoptères, qui font fuir la faune. Joelso Mendonça, vice-président d’un groupe de 400 pêcheurs traditionnels, partage cette inquiétude, craignant que les fuites de pétrole n’affectent la vente de leur poisson.
Petrobras affirme maintenir un dialogue avec les communautés locales, ayant effectué des ajustements suite aux préoccupations des leaders autochtones. Toutefois, pour certains, l’or noir représente une opportunité, comme Jacqueline Cadete, une pasteure évangélique de 45 ans, qui voit dans cette situation un « signe de Dieu ».
D’après une étude de l’Observatoire national de l’Industrie, plus de 50.000 emplois pourraient être créés dans l’État de l’Amapa grâce à cette exploration. Les royalties que Petrobras devra verser aux collectivités locales lors du début de la production devraient également constituer une source de revenus importante. Cependant, la présidente de Petrobras, Magda Chambriard, a précisé que la production ne commencerait pas avant « six ou sept ans ».
Le maire d’Oiapoque, Inacio Monteiro Maciel, se montre optimiste pour l’avenir, bien qu’il reconnaisse la nécessité de reconstruire les infrastructures et les politiques sociales. Actuellement, plus de la moitié des 28.000 habitants de la ville bénéficient de la Bolsa Familia, une aide destinée aux familles les plus pauvres. Depuis le début des forages, la ville a connu un afflux de nouveaux résidents, et les estimations avancent que la population pourrait atteindre entre 40.000 et 45.000 personnes.
Cependant, cette croissance démographique s’accompagne de spéculation immobilière, poussant de nombreuses familles à quitter le centre-ville pour des quartiers périphériques souvent précaires.
Source : AFP
