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En France, la peur de la répression éloigne certains manifestants des rassemblements

En France, la crainte des violences et des interpellations éloigne certains manifestants des cortèges, tandis que d’autres hésitent à y revenir. Des témoignages recueillis après les mobilisations des 17 et 24 octobre décrivent les effets de cette peur sur les enfants, les personnes fragiles et les habitués des manifestations. Des responsables associatifs et une chercheuse y voient aussi un enjeu pour l’exercice du droit de manifester.

Protesters gather in a city square around a prominent monument.
Mathias Reding · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Après le 17 octobre, des manifestants renoncent à revenir

Crowd protesting in Vancouver, BC, holding flags and signs advocating freedom.
Sima Ghaffarzadeh · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Bastien, coiffeur parisien de 40 ans, ne prévoit pas de participer à la mobilisation du 31 octobre. Il explique avoir craint pour sa vie lors de la manifestation du 17 octobre, où il dit avoir subi des charges policières et des gaz lacrymogènes place de la République. Il affirme que les interventions ont commencé avant l’arrivée des casseurs.

Safia, militante anarchiste de 37 ans et habituée des cortèges, continue, elle, à manifester, mais en mesurant les risques. D’autres personnes interrogées disent avoir renoncé par peur des blessures, des gaz ou des interpellations, ou parce qu’elles doutent que leur mobilisation soit entendue.

Pour la chercheuse Magali Della Sudda, spécialiste des mobilisations, cette dissuasion ne touche pas tout le monde de la même façon. Elle rapporte des témoignages de pressions dans des communes rurales, où manifestants, élus locaux et gendarmes se connaissent, ainsi que des renoncements liés à la crainte d’une amende de 135 euros.

Un tournant remontant à 2016

Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’Homme, situe une première rupture lors des manifestations contre la loi Travail, en 2016. Selon elle, la mobilisation, importante et prolongée, a conduit à faire intervenir des unités comme la BAC ou la Brav-M, davantage tournées, à ses yeux, vers la confrontation et l’interpellation que vers l’encadrement des cortèges.

Elle estime aussi que la couverture continue des dégradations a contribué à placer les interpellations au centre de la réponse politique. Or, intervenir pour arrêter une personne peut conduire les forces de l’ordre à pénétrer dans un cortège et à le scinder, observe-t-elle : les manifestants ne sont alors plus assurés de pouvoir défiler sans intervention.

La période des « gilets jaunes » a ensuite marqué, selon Magali Della Sudda, une nouvelle intensification des violences rapportées. La chercheuse évoque des formes physiques, mais aussi symboliques ou financières, qui peuvent décourager la participation.

Les publics les plus vulnérables en première ligne

Les témoignages soulignent les conséquences de cette inquiétude pour les familles. Hélène, qui vit à Nantes et travaille dans la publicité et la création, a finalement renoncé à manifester le 17 octobre. Elle ne voulait pas exposer sa fille de 8 ans à des scènes qu’elle juge traumatisantes.

Safia dit, de son côté, déconseiller à des amies peu expérimentées de commencer par une manifestation qu’elle estime particulièrement risquée. Stéphanie, infirmière asthmatique de 40 ans, ne se rend plus dans les cortèges en raison de l’usage des gaz lacrymogènes, qu’elle considère comme dangereux pour sa santé. François, 49 ans, préfère que ses parents âgés ne l’accompagnent pas, par crainte qu’ils ne puissent se mettre à l’abri en cas de charge.

Le 24 octobre, à Rennes, le déploiement de deux véhicules blindés Centaure a également dissuadé Laurie, médecin de 44 ans, de participer. Elle dit avoir eu trop peur de perdre une main. Mathilde, étudiante en droit de 21 ans, regrette pour sa part que le récit des violences vécues le 17 octobre ait conduit certains de ses proches à ne pas venir. Elle assure que la majeure partie du cortège auquel elle a participé était joyeuse.

Le droit de manifester au cœur des alertes

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a appelé le 24 octobre les États à protéger la liberté de réunion pacifique et à privilégier le dialogue et la désescalade lors du maintien de l’ordre. Il a également rappelé que les violences commises par certains ne justifient pas, à elles seules, la dispersion de l’ensemble d’un rassemblement. (coe.int)

Le 28 octobre, des experts des Nations unies se sont dits préoccupés par la répression des manifestations étudiantes en France. (ohchr.org) Dans les témoignages recueillis, la peur concerne aussi les mineurs, les personnes âgées et celles dont l’état de santé rend plus difficile la participation à un rassemblement.

Magali Della Sudda rappelle que manifester occupe une place importante dans la vie politique française. Elle s’inquiète d’une possible rupture démocratique si des pans entiers de la population renoncent à exercer ce droit. Malgré les craintes exprimées après le 17 octobre, la chercheuse rapporte que 800 000 personnes ont encore manifesté le 24 octobre.


Source : 20Minutes – Une (www.20minutes.fr)

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Auteur : Jean-Loup Delmas

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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