Le 31 octobre 1936, dix ans après la mort de Harry Houdini, son épouse Bess tente une dernière séance de spiritisme pour entrer en contact avec lui. L’illusionniste ne répond pas, mais son art de disparaître continue de nourrir la musique. De Kate Bush à Dua Lipa, en passant par Eminem et Mark Foster, les artistes ont fait de Houdini une figure de l’absence, de l’évasion et du retour.

Une évasion devenue métaphore

Né Ehrich Weisz à Budapest en 1874, Harry Houdini s’est rendu célèbre en se libérant de menottes, de cellules verrouillées et de caisses plongées dans l’eau. Le suspense de ses numéros reposait autant sur le risque apparent de rester prisonnier que sur sa réapparition. Dans les chansons inspirées par lui, cette mécanique devient une image à laquelle chacun donne un sens différent.
Pour Dua Lipa, Houdini incarne la possibilité de partir. Dans son morceau disco, produit par Kevin Parker, de Tame Impala, la chanteuse transpose l’évasion dans le domaine amoureux : elle prévient qu’elle peut s’éclipser si la relation ne lui convient pas. En 2023, elle expliquait que le titre parlait de connaître sa valeur et de savoir quand rester ou s’en aller.
Mark Foster, chanteur de Foster the People, associe plutôt Houdini au désir de fuir la célébrité. Sorti en 2011 sur Torches, premier album du groupe, son morceau paraît alors que le succès de Pumped Up Kicks bouleverse la vie des musiciens. Foster confie en 2012 qu’il envie la capacité du magicien à disparaître. Le clip met en scène le groupe écrasé par une structure d’éclairage, puis manipulé par des techniciens pour que le spectacle continue malgré tout.
Pour Eminem, disparaître permet de revenir
Dans Houdini, paru en 2024, Eminem joue avec une autre facette de l’illusion : la fausse disparition. Avant la sortie du titre, il apparaît en visioconférence avec le magicien David Blaine et plaisante sur l’idée de faire disparaître sa carrière. La promesse accompagne The Death of Slim Shady (Coup de Grâce), album qui annonce la fin de son alter ego.
Le clip prolonge cette mise en scène. Slim Shady traverse un portail temporel et débarque en 2024, où il retrouve un Eminem vieilli. Le personnage refuse pourtant de rester dans le passé : le rappeur reprend ses anciennes provocations et met en scène ses métamorphoses. L’adieu annoncé devient ainsi un moyen de faire revenir son double sous les projecteurs.
La rencontre entre les titres de Dua Lipa, d’Eminem et de Mark Foster a aussi inspiré ce dernier à retourner en studio. Il a réuni ces morceaux avec son propre Houdini dans un mashup intitulé Battle of the Houdinis.
Kate Bush donne la parole à Bess
Avec le titre Houdini, paru sur l’album The Dreaming en 1982, Kate Bush déplace le regard vers Bess Houdini, l’épouse du magicien. La chanson évoque le message codé que le couple avait convenu d’utiliser pour reconnaître un éventuel contact après la mort. Bess espère y entendre la formule « Rosabel, believe ».
Kate Bush reprend également l’anecdote d’une clé que Bess aurait fait passer à son mari dans un baiser avant certains numéros. L’image de la clé sur la langue figure sur la pochette du disque. Plutôt que de raconter seulement les prouesses de l’illusionniste, la chanson met ainsi en avant celle qui l’accompagnait sur scène.
Ces interprétations font de Houdini bien plus qu’un maître de l’évasion : il devient tour à tour une image de l’indépendance, du besoin de s’éloigner de la célébrité, d’un personnage qu’on prétend faire disparaître ou d’une histoire racontée depuis le point de vue de son épouse. Mort en 1926, il reste, cent ans plus tard, une référence pour des artistes qui s’intéressent autant à l’art de partir qu’à celui de réapparaître.
Source : 20Minutes – Une (www.20minutes.fr)
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Auteur : Pauline Weiss







