Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe dans l’Union européenne ont progressé en 2026, alors que les derniers contrats de long terme doivent prendre fin le 1er janvier 2027. Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs ponctuels : les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient, un hiver froid qui a entamé les stocks européens et des achats anticipés avant l’interdiction complète.

Un record d’importations depuis le terminal de Yamal

Entre janvier et septembre 2026, les ports de l’Union européenne ont reçu 12,18 millions de tonnes de GNL provenant du projet russe de Yamal, selon l’ONG allemande Urgewald. Ce volume est supérieur de 9,5 % à celui enregistré sur la même période en 2025. Yamal fournit l’essentiel du GNL russe acheminé vers l’UE.
Cette progression intervient alors que la part du gaz russe dans l’approvisionnement européen a nettement diminué depuis 2022. Ines Bouacida, chercheuse spécialiste de l’énergie à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), estime qu’elle est passée de 40 % en 2022 à 12 % aujourd’hui. La baisse des livraisons par gazoduc a notamment conduit les pays européens à recourir davantage au GNL, transporté par bateau et provenant principalement des États-Unis et du Qatar, mais aussi de Russie.
La crise au Moyen-Orient a déplacé une partie de la demande
La guerre au Moyen-Orient a contribué à la hausse des achats russes. En février 2026, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, puis les représailles dans plusieurs États du Golfe, ont perturbé les approvisionnements de la région. Le blocage du détroit d’Ormuz et la destruction de terminaux gaziers ont réduit les volumes disponibles sur les marchés mondiaux, selon Ines Bouacida. Des acheteurs européens se sont alors tournés vers d’autres fournisseurs, dont la Russie.
La demande a également été soutenue par un hiver 2025-2026 particulièrement froid en Europe. Les pays ont davantage puisé dans leurs réserves, habituellement utilisées notamment pour chauffer les bâtiments. Or, les stocks étaient moins remplis qu’à l’accoutumée à l’approche de l’hiver, ajoute la chercheuse. La hausse des prix provoquée par les tensions au Moyen-Orient a aussi rendu leur reconstitution plus coûteuse.
Des achats précipités avant l’interdiction
Un autre facteur tient au calendrier de sortie du gaz russe. Adopté le 26 janvier 2026, le règlement européen prévoit une interdiction progressive des importations. Il est entré en vigueur le 3 février, et les premières restrictions ont commencé à s’appliquer le 18 mars. Les contrats de long terme bénéficient toutefois d’une période transitoire : les importations de GNL couvertes par ces contrats restent possibles jusqu’au 1er janvier 2027. Les livraisons par gazoduc doivent, elles, cesser à l’automne 2027. (consilium.europa.eu)
Thomas Pellerin-Carlin, eurodéputé Place publique et membre de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie, décrit une anticipation de l’échéance : les acheteurs cherchent à acquérir du gaz avant l’entrée en vigueur de l’interdiction qui les concerne. Cette précipitation contribue à expliquer pourquoi les importations ont pu augmenter malgré la décision européenne de s’en détourner.
Des fournisseurs à diversifier, et des stocks à surveiller
L’Agence internationale de l’énergie voit dans la sortie du gaz russe une occasion de diversifier les approvisionnements, notamment grâce à de nouveaux projets en Amérique du Nord et en Afrique. Son spécialiste du marché du gaz, Gergely Molnar, relève que l’offre mondiale de GNL entre dans une phase d’expansion. L’eurodéputé Thomas Pellerin-Carlin estime aussi qu’une partie du gaz russe pourrait ne pas avoir à être remplacée, en raison des progrès de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables depuis 2022.
La transition reste toutefois un enjeu pour les réserves et les prix. Fin septembre, le commissaire européen à l’énergie, Dan Jorgensen, a demandé aux dirigeants européens d’envisager d’importantes réductions de consommation pour l’hiver. Ines Bouacida souligne par ailleurs que les tensions sur les marchés de gros peuvent se répercuter sur les factures des consommateurs. La diversification des fournisseurs ne met donc pas à l’abri des fluctuations du marché, tandis que le recours accru au GNL soulève aussi des préoccupations climatiques exprimées par des organisations environnementales.
Source : franceinfo – Les Titres (www.franceinfo.fr)
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