CNews : la pétition réclamant sa fermeture dépasse les 180 000 signatures
Une pétition déposée sur la plateforme de l’Assemblée nationale réclame le retrait de l’autorisation TNT de CNews et la fermeture de la chaîne. Avec plus de 180 000 signatures, cette initiative citoyenne a franchi le premier seuil symbolique. Elle relance le débat sur le pluralisme médiatique, les sanctions de l’Arcom et l’influence des grands groupes audiovisuels.
Publié le 30 octobre 2026 | Par Cédric Balcon-Hermand
Les informations essentielles
Intitulé : Supprimer CNews de l’audiovisuel français
Numéro : 5820
Auteur : Lucas Massoni
Date de dépôt : 10 juin 2026
Signatures : plus de 180 000 au 30 octobre 2026
Commission compétente : Commission des affaires culturelles et de l’éducation
Date limite : 19 juin 2029
Une mobilisation citoyenne contre la ligne éditoriale de CNews
La pétition numéro 5820, publiée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale, porte une revendication radicale : retirer à CNews son autorisation de diffusion sur la TNT et mettre fin à l’existence de la chaîne sous sa forme actuelle.
Son auteur, Lucas Massoni, met en cause la ligne éditoriale de la chaîne du groupe Canal+, contrôlé par Vincent Bolloré. Il dénonce notamment la diffusion répétée de propos qu’il considère comme racistes, discriminatoires ou contraires aux exigences du pluralisme démocratique.
Le texte évoque plusieurs controverses médiatiques, des propos tenus à l’antenne, les décisions du régulateur de l’audiovisuel et les interrogations autour de la représentation des différents courants politiques dans les émissions.
Pour les signataires, le problème dépasse celui de quelques dérapages individuels. Ils dénoncent un fonctionnement éditorial qui, selon eux, contribue à installer certains discours dans le débat public sans leur opposer systématiquement une contradiction suffisante.
La pétition formule deux demandes explicites :
- Le retrait immédiat de la convention TNT de CNews.
- La fermeture de la chaîne.
Une revendication qui dépasse donc largement la demande de sanctions ponctuelles contre des présentateurs ou des intervenants. Elle pose directement la question de la place d’un média privé dans l’utilisation d’une fréquence appartenant au domaine public.
Les sanctions de l’Arcom au cœur de la contestation
Pour justifier sa démarche, la pétition s’appuie notamment sur les interventions répétées de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).
Le texte mentionne 27 rappels à l’ordre depuis 2019 et 630 000 euros d’amendes cumulées. Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur contexte et leur période de référence.
Dans un recensement publié le 15 juin 2026, Le Monde dénombrait au moins 61 interventions de l’Arcom à l’encontre de CNews depuis sa création en 2017 sous l’impulsion du groupe Bolloré. Ce décompte comprenait différentes catégories : interventions simples, mises en garde, mises en demeure et sanctions financières. Dix sanctions pécuniaires représentaient alors un total de 630 000 euros.
Depuis, la situation a encore évolué. Le 29 juillet 2026, une nouvelle sanction de 200 000 euros a été rapportée pour des séquences diffusées en 2025, dans lesquelles le régulateur a estimé que certains propos étaient susceptibles d’inciter à la haine et aux comportements discriminatoires. CNews a annoncé son intention de contester cette décision devant le Conseil d’État.
Ces éléments montrent que les critiques adressées à la chaîne ne reposent pas uniquement sur des désaccords politiques ou éditoriaux : plusieurs décisions formelles du régulateur ont effectivement sanctionné des manquements à ses obligations.
Le pluralisme : ce que le Conseil d’État a réellement décidé
La question du pluralisme constitue l’un des principaux arguments avancés par les opposants à CNews.
Le 13 février 2024, le Conseil d’État a rendu une décision importante à la suite d’un recours de Reporters sans frontières. Il a considéré que l’Arcom ne pouvait pas apprécier le pluralisme d’une chaîne en examinant uniquement le temps de parole des personnalités politiques.
Le régulateur doit également tenir compte de l’ensemble des participants aux émissions : chroniqueurs, animateurs et invités. Il doit aussi examiner les conditions générales de fonctionnement de la chaîne et les caractéristiques de sa programmation pour apprécier l’indépendance de l’information.
Une précision juridique est nécessaire : le Conseil d’État n’a pas lui-même prononcé une condamnation générale de CNews pour manquement structurel au pluralisme. Il a annulé le refus initial de l’Arcom de mettre la chaîne en demeure sur ce sujet et lui a ordonné de réexaminer la demande de Reporters sans frontières.
En juin 2026, l’Arcom a effectivement mis CNews en demeure de respecter l’exigence d’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion sur son antenne.
Une fréquence publique accordée jusqu’en 2035
La revendication de retrait de la fréquence TNT prend une dimension particulière dans le contexte de son renouvellement.
Par une décision du 11 décembre 2024, l’Arcom a autorisé CNews à utiliser une ressource radioélectrique de la TNT à compter du 1er septembre 2025. Cette autorisation court jusqu’au 31 août 2035.
Les fréquences de télévision terrestre sont une ressource publique limitée. Leur attribution suppose le respect d’obligations légales et conventionnelles, notamment en matière de pluralisme, d’honnêteté de l’information et de maîtrise de l’antenne.
La pétition pose donc une question politique et démocratique majeure : les sanctions financières et les mises en demeure constituent-elles une réponse suffisante lorsque les manquements reprochés se répètent ? Ou faut-il envisager des mesures plus contraignantes lorsque les obligations ne sont pas respectées ?
Que peut réellement changer cette pétition à l’Assemblée nationale ?
Avec plus de 180 000 signatures, la pétition a largement dépassé le seuil des 100 000 signatures prévu par le fonctionnement de la plateforme parlementaire. Ce seuil permet notamment d’accroître sa visibilité en la publiant sur le site de l’Assemblée nationale.
Mais atteindre 100 000 signatures ne signifie pas qu’un débat dans l’hémicycle est automatiquement organisé.
La pétition est attribuée à la Commission des affaires culturelles et de l’éducation. Celle-ci peut décider de l’examiner, d’organiser un débat en commission et de publier un rapport, ou de la classer.
Pour qu’un débat en séance publique puisse être organisé, les règles prévoient un seuil supérieur à 500 000 signatures, provenant d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer. La demande doit également être formulée par le président de la commission compétente ou par un président de groupe politique. La décision appartient ensuite à la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale.
Les deux seuils à connaître
100 000 signatures : publication de la pétition sur le site de l’Assemblée nationale pour lui donner davantage de visibilité.
500 000 signatures et 30 départements : possibilité de demander l’organisation d’un débat en séance publique, sous réserve des conditions parlementaires applicables et de la décision de la Conférence des présidents.
Le franchissement du seuil de 500 000 signatures ne garantit donc pas, à lui seul, un débat dans l’hémicycle.
Au-delà de CNews, un débat sur le pouvoir des médias
Cette pétition intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la concentration des médias, de l’indépendance éditoriale et de l’influence des grands groupes privés sur le débat politique.
La question ne concerne pas seulement CNews. Elle interroge le fonctionnement de l’ensemble du paysage audiovisuel français : quelle place accorder aux différentes opinions ? Comment garantir une information contradictoire ? Quel contrôle exercer sur les chaînes qui utilisent les fréquences publiques ? Et comment assurer l’indépendance du régulateur face aux intérêts économiques et politiques ?
La fermeture d’une chaîne constitue néanmoins une mesure d’une tout autre portée qu’une sanction financière ou qu’une mise en demeure. Elle soulève des questions essentielles de liberté de communication, de proportionnalité des sanctions et de respect des procédures légales.
Il appartient donc aux institutions de répondre aux manquements établis, sans confondre désaccord politique et infraction aux obligations audiovisuelles.
Le débat démocratique ne peut se limiter à la défense inconditionnelle d’une chaîne ou à sa condamnation politique. Il doit porter sur l’application effective des règles, la transparence des décisions du régulateur et la capacité des institutions à garantir un véritable pluralisme médiatique.
Signer la pétition contre CNews
La pétition numéro 5820 reste accessible sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale. Les citoyens qui souhaitent soutenir cette initiative peuvent consulter son argumentaire et participer directement à la mobilisation.
Sources et documents de référence
- Pétition officielle n° 5820 – Assemblée nationale
- Fonctionnement et parcours des pétitions parlementaires
- Conseil d’État – Décision sur le pluralisme et CNews, 13 février 2024
- Le Monde – Le bilan des interventions de l’Arcom contre CNews
- Le Monde – Nouvelle sanction de 200 000 euros contre CNews, juillet 2026
- Légifrance – Autorisation TNT de CNews jusqu’au 31 août 2035
Signature éditoriale : Cédric Balcon-Hermand
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