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Le sommet Russie-Afrique met en scène la quête d’influence du Kremlin sur le continent

Depuis l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin cherche à consolider ses appuis hors du monde occidental. En Afrique, Moscou mise sur des liens militaires et diplomatiques visibles, mais son poids commercial reste limité et très concentré, notamment autour de l’Égypte. Les intérêts russes vont des échanges agricoles à l’accès aux ressources, tandis que les États africains poursuivent leurs propres priorités.

Beautiful Moscow cityscape with Kremlin and cathedrals at sunset.
Константин Поляков · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Une relation commerciale dominée par l’Égypte

Colorful flags outside the United Nations office in Geneva, symbolizing global unity.
Xabi Oregi · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Les échanges entre la Russie et l’Afrique ont atteint 27 milliards de dollars en 2025. L’Égypte en représentait environ 39 %, et ses échanges avec Moscou ont plus que doublé depuis 2021, pour atteindre 10,5 milliards de dollars. La Russie lui vend surtout des céréales et des produits métallurgiques ; l’Égypte exporte principalement des fruits et légumes.

Le partenariat comprend aussi le nucléaire : la Russie construit la centrale d’El-Dabaa grâce à un prêt de 25 milliards de dollars, qui couvrirait environ 85 % du coût du projet. D’après le spécialiste du Moyen-Orient Nikita Smagin, l’Égypte fait partie des rares partenaires africains de Moscou avec lesquels les relations commerciales sont solides et la coopération ancienne. Elle pourrait, à terme, servir de relais vers d’autres marchés, tout en défendant ses propres intérêts.

Cette relation ne résume pas les liens de la Russie avec le continent. Les échanges restent concentrés dans un petit nombre de pays, surtout en Afrique du Nord. Ceux avec l’Afrique du Sud, première économie africaine, demeurent modestes au regard des échanges russes avec l’Égypte et l’Algérie, selon Ivan Klyszcz, du Centre international pour la défense et la sécurité (ICDS). Moscou cherche également à approfondir ses relations avec la Tanzanie et l’Éthiopie, sans résultats significatifs à ce stade.

Un poids économique inférieur à celui des autres partenaires

Malgré ces liens, l’Afrique ne représentait que 3,9 % du commerce extérieur russe en 2025. Les échanges du continent avec l’Union européenne s’élevaient à 385 milliards de dollars, à plus de 348 milliards avec la Chine, à près de 105 milliards avec les États-Unis et à 103 milliards avec l’Inde.

La Russie cherche à doubler ses échanges avec l’Afrique d’ici à 2030, selon Pavel Kalmytchek, responsable de la coopération bilatérale au ministère russe du Développement économique. Mais les ambitions commerciales se heurtent à une concurrence importante. La Turquie et les Émirats arabes unis ont, eux aussi, développé leurs échanges et leurs investissements plus efficacement que Moscou, estime Fidel Owusu, de Geopolitical Intelligence Services.

Les ressources naturelles et l’énergie constituent d’autres axes d’intérêt pour la Russie, notamment les minerais critiques et le lithium au Mali. Beverly Ochieng, consultante chez Control Risks, souligne toutefois que les pays occidentaux restent bien implantés dans des secteurs stratégiques comme les ressources, la finance et l’énergie.

La présence militaire, un levier d’influence

La dimension militaire est plus visible. Depuis l’apparition de Wagner, des combattants russes ont soutenu plusieurs régimes, notamment au Sahel, avec un accès à certaines ressources naturelles en contrepartie. Après la mort d’Evgueni Prigojine, fondateur du groupe, la plupart de ces opérations sont passées sous le contrôle de l’Afrikakorps, créé par le ministère russe de la Défense.

Selon le Congressional Research Service, les principaux contingents russes se trouvent en République centrafricaine, au Mali et en Libye. Moscou chercherait aussi à renforcer sa présence au Burkina Faso et au Niger ; des mercenaires russes ont par ailleurs été aperçus en Guinée équatoriale. Pour Irina Filatova, de l’Université du Cap, ces implantations se trouvent dans des pays dotés de ressources telles que l’or et l’uranium. La Libye sert également de plateforme logistique pour les opérations au Sahel et en Afrique centrale.

La Russie demeure un fournisseur important d’armes sur le continent. Pour la période 2021-2025, elle représentait 15 % des importations africaines d’armes, derrière les États-Unis (19 %) et la Chine (17 %), selon le SIPRI. Elle occupait la première place sur la période 2020-2024, avec 21 %. (sipri.org)

Des appuis diplomatiques, sans alignement automatique

Moscou cherche aussi le soutien des pays africains lors des votes à l’Assemblée générale des Nations unies. Ses exportations alimentaires et d’engrais, ainsi que sa présence militaire, contribuent à son influence politique, estime Ivan Klyszcz. Ces relations permettent également au Kremlin de montrer qu’il n’est pas isolé sur la scène internationale, selon Irina Filatova.

La Russie présente son approche comme un partenariat avec le Sud global et dénonce l’héritage colonial des puissances occidentales. Ce discours trouve un écho dans certains contextes, mais la perception de Moscou varie d’un pays à l’autre et entre dirigeants et populations. L’Afrique du Sud y serait plutôt réceptive, tandis que les idées anticoloniales ne sont pas nécessairement associées à la Russie ailleurs, relève Irina Filatova.

Les États africains restent guidés par leurs intérêts propres. L’Union africaine met notamment l’accent sur le développement économique, le commerce et les investissements. Dans ces domaines, la Russie ne propose pas encore des possibilités comparables à celles de ses principaux partenaires, conclut Ivan Klyszcz.


Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)

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Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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