La gestion des océans est au cœur de nouveaux défis économiques et environnementaux. Guillaume Pitron, journaliste et auteur, souligne que nous ne sommes qu’aux débuts de l’industrialisation des océans. Cette dynamique, qui mélange ressources maritimes et terrestres, soulève des interrogations sur la durabilité et l’avenir de nos mers.

Une économie bleue en pleine mutation

Le concept d’économie bleue, lancé en 2012 pour promouvoir une exploitation durable des mers, a évolué ces dernières années vers ce que Pitron appelle une « accélération bleue ». Cela englobe l’augmentation de l’exploitation des métaux, du gaz et des ressources maritimes, ainsi que l’aquaculture. Cette hybridation entre terre et mer passe souvent inaperçue, bien que des pratiques comme l’alimentation animale à base de farine de poisson illustrent cette réalité. Pitron fait l’étonnante comparaison entre notre capacité à observer des galaxies lointaines et notre ignorance face à la complexité de nos océans, décrivant ceux-ci non pas comme une « planète bleue » mais bien comme une « planète noire » dominée par l’obscurité.
Les promesses de l’économie bleue remises en question
Si l’économie bleue devait allier croissance économique et durabilité, Pitron admet un avis partagé. Bien que ce concept ait été ingénieusement conçu pour attirer le regard sur l’importance des mers pour les petits États insulaires, il semble aujourd’hui dévoyé par des projets d’exploitation accrue des ressources sous-marines, en contradiction avec les principes de durabilité qui l’ont émergé. Il met en lumière l’importance de la convention de Montego Bay de 1982 qui sert de référence pour la protection des océans, tout en signalant que le cadre juridique entourant ce développement commence à montrer ses limites.
Risques immédiats pour les océans
Les risques qui pèsent sur nos océans sont multiples. L’extraction de phytoplancton, vitale pour la chaîne alimentaire, ainsi que les explorations de gaz et de pétrole en mer, sont particulièrement préoccupants. Pitron craint que les modèles d’exploitation des ressources maritimes, à l’image de ce que font certains pays comme la Norvège, ne mènent à une destruction environnementale accrue et à un échauffement climatique aggravé. Les projets d’extraction, comme celui mené par Total et Chevron dans le golfe du Mexique depuis 2024, poussent l’exploitation des ressources à des profondeurs alarmantes de près de 10 400 mètres.
La position de la France parmi les puissances maritimes
La France dispose de la deuxième plus grande zone maritime du monde, précocement multipliée par 20 grâce à la signature de la convention de Montego Bay. Cependant, Pitron note que, malgré ce statut, elle ne représente pas une puissance maritime dominante, se limitant dans son exploration des fonds marins et des ressources. À l’opposé, des pays comme les États-Unis et la Chine adoptent des stratégies offensives pour sécuriser leurs intérêts océaniques, souvent en opposition aux principes énoncés dans la convention.
Mesurer l’impact humain sur les océans
La recherche d’une « empreinte océan » de l’humanité, pour évaluer l’impact des infrastructures offshore sur les écosystèmes marins, est encore à ses balbutiements. Une étude récente indique qu’environ 40% des emplois en France dépendent directement ou indirectement des océans, ce qui souligne la nécessité de prendre en compte cette dépendance dans les discussions sur la durabilité marine.
Un appel à la prise de conscience
À travers son ouvrage, Pitron souhaite susciter une prise de conscience face à la complexité croissante des enjeux liés à l’exploitation des océans. Selon lui, la consommation de ressources continuera d’augmenter, et avec elle, les problèmes d’impact environnemental. En mettant en lumière ces dynamiques, il appelle à une réflexion plus profonde sur la gestion des ressources maritimes et leur avenir.
Source : Biodiversité – Novethic (www.novethic.fr)
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Auteur : Concepcion Alvarez







