En novembre, le ministère de l’Éducation nationale va lancer un questionnaire ciblant les violences sexuelles, adressé aux élèves de la maternelle à la terminale. Cette initiative vise à encourager les jeunes à s’exprimer sur des sujets délicats tout en servant de mécanisme de repérage pour les situations de violence. Mais cette démarche soulève plusieurs interrogations sur son efficacité et la capacité des institutions à prendre en compte la parole des enfants.

Un questionnaire pour libérer la parole ?

Le questionnaire présenté par le ministère est destiné à jouer un rôle préventif et de détection des violences sexuelles. Bien que l’objectif soit louable, la simple collecte de données ne garantit pas que la parole des enfants soit véritablement entendue ou prise en compte. Un retour d’expérience suggère que de nombreux enfants qui s’expriment ne sont pas toujours écoutés ou protégés de manière adéquate par les adultes et les institutions qui devraient assurer leur sécurité.
Les difficultés de réception de la parole des enfants
De nombreuses études, dont les travaux de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), mettent en lumière un problème criant : les témoignages des enfants sont souvent accueillis avec scepticisme. Cette situation s’explique par des préjugés ancrés dans notre culture qui amènent tant les familles que les institutions à considérer les récits des enfants avec une méfiance excessive. Les enfants peuvent ainsi être perçus comme « menteurs » ou « immatures », ce qui nuit à la crédibilité de leur parole.
Le poids des doutes institutionnels
Cette culture du doute est renforcée par trois figures stéréotypées qui désavantagent la parole des enfants. La première figure est celle de « l’enfant menteur », souvent utilisée pour discréditer les dénonciations ; la seconde, celle de « l’enfant qui se trompe », suppose que les jeunes manquent de compréhension de leur propre expérience ; et enfin, la figure de l’enfant dont le récit serait influencé par des tiers, comme un parent. Chacune de ces catégories peut avoir des conséquences graves et empêche souvent de prendre au sérieux le témoignage de la victime.
Des conditions précises pour être entendu
Pour que la parole des enfants soit efficacement entendue, plusieurs conditions doivent être respectées. Il est essentiel que le témoignage soit réalisé dans un cadre, un moment et une posture propices. Les enfants doivent être capables d’évaluer par eux-mêmes quand et où parler. Des enquêteurs doivent écouter non seulement ce qui est dit, mais également comment l’enfant se positionne vis-à-vis de son agresseur. Tout cela accorde ou non de la crédibilité à leur récit.
Le questionnaire : un premier pas, mais pas une solution miracle
Bien qu’un questionnaire puisse initier un processus d’expression, il ne remplace pas un cadre institutionnel capable de traiter ces témoignages avec sérieux. Un temps et un espace dédiés à cette parole sont indispensables pour favoriser un échange respectueux et sécurisé. Ainsi, même si le questionnaire de l’éducation nationale peut offrir un canal de révélation, il n’élimine pas les obstacles institutionnels qui empêchent souvent une interprétation favorable des témoignages d’enfants.
Vers une prise de conscience et un changement des pratiques
Pour que la parole des enfants soit vraie et acceptée, il est crucial de porter une attention particulière à leur vécu et d’évoluer au sein des institutions. Les ouvrages et recherches sur l’injustice testimoniale, tels que ceux de Miranda Fricker, nous rappellent que toute parole doit être accueillie avec une certaine légitimité, indépendamment de l’identité sociale de son porteur. Les professions qui interviennent auprès des enfants doivent comprendre que chaque récit peut être l’expression d’une souffrance réelle.
Source : enfants – The Conversation
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