La prison centrale de Makala, à Kinshasa, n’accueillera plus de nouveaux détenus tant que les conditions de détention ne se seront pas améliorées. Le ministre congolais de la Justice, Guillaume Ngefa, a pris cette mesure face à un établissement construit pour 1 500 personnes, qui en héberge aujourd’hui environ 16 000.

Une mesure d’urgence face à la surpopulation

Annoncée le 21 octobre 2026, la suspension des admissions intervient après une visite du ministre à Makala. Guillaume Ngefa a décrit des pavillons si encombrés que les détenus occupaient aussi les couloirs. Il dit vouloir rétablir des conditions de détention dignes et juge que l’État ne peut laisser perdurer cette situation. (profondeur.net)
La prison, construite en 1957 pour accueillir 1 500 détenus, en compte aujourd’hui près de 16 000, selon les chiffres rapportés. L’écart entre sa capacité initiale et sa population actuelle donne la mesure de l’engorgement auquel le ministère entend répondre.
Le journaliste Stanis Bujakera, qui a passé six mois en détention préventive à Makala, a également témoigné de conditions marquées, selon lui, par le manque de soins, la promiscuité et l’absence d’aération dans les cellules. Il a décrit des détenus malades et des décès qu’il attribue au défaut de prise en charge médicale.
Les ONG mettent en cause le recours à la détention
Des organisations de défense des droits humains estiment que la détention préventive est trop souvent appliquée, au détriment de la liberté. Elles considèrent que cette pratique contribue à remplir les prisons et demandent des changements dans le fonctionnement de la justice.
Carlos Mupili, président de la Dynamique chrétienne pour la défense des droits humains et de l’environnement, préconise notamment de renforcer les inspections afin que les plaintes pour arrestations arbitraires puissent être examinées. Il défend aussi la création de fonctions distinctes de juge d’instruction et de juge chargé des libertés et de la détention, tandis que le ministère public se consacrerait à la conduite des enquêtes.
Les magistrats réclament de nouvelles prisons
Les magistrats cités dans le débat contestent que leur pratique soit la cause principale de la surpopulation. L’un d’eux souligne que Makala a été construite lorsque Kinshasa ne comptait que quelques centaines de milliers d’habitants, alors que la population de la capitale est aujourd’hui estimée entre 20 et 22 millions.
Ce magistrat associe cette croissance démographique à une hausse de la criminalité et estime que la suspension des admissions ne suffira pas à régler durablement le problème. Il plaide pour la construction de nouveaux établissements pénitentiaires adaptés aux besoins actuels.
La question du désengorgement n’est pas nouvelle : en 2024, le ministre de la Justice de l’époque, Constant Mutamba, avait déjà lancé des opérations de libération de détenus. Leurs résultats avaient toutefois été jugés insuffisants. La suspension décidée par Guillaume Ngefa relance ainsi le débat sur les réponses à apporter, entre réforme de la détention préventive et création de nouvelles places.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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