À trois jours du second tour de la présidentielle brésilienne, prévu le dimanche 25 octobre, Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro intensifient leur campagne. Arrivé deuxième au premier tour, le président sortant cherche à remobiliser les électeurs, tandis que son adversaire mise sur le changement et le rejet du Parti des travailleurs (PT). L’abstention, à un niveau record malgré le vote obligatoire, constitue un enjeu majeur de cette dernière ligne droite.

Lula tente de combler son retard

À 80 ans, Lula multiplie les apparitions dans les rues et les publications sur les réseaux sociaux. Il prépare aussi le débat télévisé qui doit l’opposer à Flávio Bolsonaro le vendredi 23 octobre. Le président sortant vise un quatrième mandat, alors qu’il se trouve dans une position inhabituelle : depuis le retour de la démocratie au Brésil, en 1988, aucun candidat arrivé deuxième au premier tour n’a remporté l’élection présidentielle.
La mobilisation des abstentionnistes pourrait peser sur l’issue du scrutin. Le premier tour a été marqué par une abstention record, qui a davantage pénalisé Lula. Pour convaincre les électeurs, son camp met en avant le bilan du gouvernement et cherche à élargir sa présence sur les plateformes numériques.
Le PT reconnaît avoir tardé à investir cet espace. La députée régionale Leninha, qui dirige le parti dans l’État du Minas Gerais, estime que cette absence a laissé circuler des messages dénigrant Lula et son action. Le président peut désormais compter sur un canal WhatsApp lancé par André Janones, figure des réseaux sociaux : « Exército do Lula » rassemble plus de sept millions d’abonnés, selon les informations communiquées par le parti.
Le gouvernement a également relevé certaines aides sociales, dont celles du programme Bolsa Família, à quelques jours du vote. Un sympathisant du PT rencontré à Belo Horizonte a regretté que cette hausse intervienne si près du scrutin, estimant qu’elle aurait dû être décidée plus tôt.
Flávio Bolsonaro mise sur le changement
Le sénateur d’extrême droite, élu dans l’État de Rio de Janeiro, construit sa campagne autour d’un appel au changement. Il enchaîne les meetings et, comme Lula, concentre ses efforts sur São Paulo et le Minas Gerais. Il a remporté cet État au premier tour, contrairement à son père, Jair Bolsonaro, lors de l’élection d’il y a quatre ans.
Le politologue Lucas Gelapo estime que le vote pour Flávio Bolsonaro traduit davantage une opposition à Lula et au PT qu’un enthousiasme particulier pour le sénateur. Celui-ci cherche ainsi à attirer au-delà de l’électorat fidèle hérité de son père, en s’appuyant sur le mécontentement d’une partie des Brésiliens envers le PT.
Flávio Bolsonaro accuse le camp présidentiel de corruption. Il est lui-même cité dans plusieurs affaires, notamment un dossier touchant la banque Master, et est soupçonné d’entretenir des liens avec certaines milices de Rio de Janeiro. Ces éléments sont des accusations et des soupçons, non des faits établis dans le texte de campagne.
Malgré ces controverses, le sénateur bénéficie d’une dynamique favorable et peut s’appuyer sur un nombre record d’élus de son camp au Congrès national et dans les assemblées législatives des États, selon les informations rapportées.
Une campagne de plus en plus agressive
Les attaques entre les deux camps se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les meetings. Les partisans du PT réclament l’incarcération de Flávio Bolsonaro ; les bolsonaristes, eux, accusent Lula de vol et réclament sa mise en prison. Le premier débat télévisé a lui aussi été marqué par les invectives.
Les deux candidats doivent se retrouver vendredi 23 octobre pour un dernier débat sur la chaîne Globo, deux jours avant le vote. Lula devrait notamment mettre en cause son rival au sujet des affaires dans lesquelles celui-ci est cité. À l’approche du scrutin, la campagne se joue donc à la fois sur la mobilisation des électeurs et sur la capacité de chacun à détourner le rejet de l’adversaire à son profit.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Achim Lippold







