Publié le 21 octobre 2026, le reportage du JDD met en regard deux réalités que le classement économique semble opposer : le Mississippi, présenté comme l’État le plus pauvre des États-Unis, affiche un PIB par habitant supérieur à celui de la France. Les montants avancés sont d’environ 55 800 euros contre 48 900 euros. Mais ce chiffre ne suffit pas à comparer les niveaux de vie : le coût des soins, les inégalités et le temps de travail nuancent fortement le tableau.

Un chiffre qui ne dit pas tout

À Jackson, Corey Miller, économiste en chef du Mississippi et directeur de l’University Research Center, invite à la prudence. Selon lui, le PIB par habitant doit être mis en perspective avec le coût de la vie et le pouvoir d’achat. Après ajustement, estime-t-il, les niveaux deviennent « assez similaires ».
Les montants cités dans le reportage sont exprimés en euros, mais le texte ne précise pas les années de référence ni la méthode de conversion. La comparaison doit donc être comprise comme l’indique Miller : un indicateur économique ne résume pas à lui seul les conditions de vie. Eurostat rappelle également que les comparaisons de PIB par habitant peuvent être ajustées selon les différences de prix entre pays. (ec.europa.eu)
Le reportage illustre les salaires évoqués par plusieurs exemples. Une infirmière débutante gagnerait environ 4 500 euros nets avant impôt sur le revenu, et jusqu’à 10 000 euros pour une soignante spécialisée. Il rapporte aussi le cas de Maggie Smith, serveuse dans un restaurant de Jackson, qui déclare percevoir un peu plus de 45 000 euros par an, pourboires compris. Ces rémunérations sont à mettre en regard des dépenses de santé, que Miller décrit comme particulièrement lourdes aux États-Unis.
Une économie en mutation, des fractures persistantes
Le Mississippi ne dépend plus uniquement du coton et du bois, selon le reportage. Nissan assemble des automobiles dans l’État depuis le début des années 2000, et Toyota possède une usine près de Tupelo. Miller évoque aussi des projets de centres de données. Il décrit par ailleurs une amélioration de l’apprentissage de la lecture dans les premières années de scolarité, qu’il attribue à un enseignement systématique des savoirs fondamentaux.
Cette évolution ne règle pas les difficultés de formation et de recrutement. Miller indique que des diplômés quittent l’État pour le Texas ou la Floride, tandis que les entreprises ont du mal à conserver les travailleurs qualifiés. Il estime également que les inégalités sont plus marquées qu’en France et que l’espérance de vie y est inférieure de près de dix ans.
Le reportage souligne enfin les limites de la protection sociale américaine : l’assurance maladie est souvent financée en partie par l’employeur, mais tous les salariés n’en bénéficient pas. Miller affirme que la couverture dépend notamment de la taille de l’entreprise et du nombre d’heures travaillées, certains employeurs maintenant des salariés à temps partiel pour éviter de les assurer.
Le modèle français en question
Pour Miller, la comparaison soulève aussi un enjeu pour la France : préserver son modèle social tout en produisant suffisamment de croissance et d’innovation. Il ne présente pas le Mississippi comme un pôle majeur d’innovation, mais estime que les États-Unis disposent, dans leur ensemble, de davantage de moyens sur ce terrain.
Le PIB par habitant place donc le Mississippi au-dessus de la France selon les chiffres avancés dans le reportage, sans établir que ses habitants vivent mieux. Le niveau des dépenses de santé, les inégalités et les écarts d’espérance de vie dessinent un tableau plus contrasté.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : leJDD






