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Sciences sociales

Une conférence examine comment l’IA reconfigure la médiation du dialogue interreligieux

À Montréal, du 19 au 21 octobre 2026, un colloque international examine la place de l’intelligence artificielle dans le dialogue entre religions. L’enjeu dépasse l’usage pratique d’un outil : quand une IA sélectionne des sources, reformule des arguments et rend certaines idées plus visibles que d’autres, elle peut peser sur la manière dont les participants se comprennent. Mais peut-on pour autant parler de dialogue avec une machine ?

From below of various flags on flagpoles located in green park in front of entrance to the UN headquarters in Geneva
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Un colloque sur le rôle de l’IA dans le dialogue interreligieux

The golden dome of Les Invalides in Paris, captured on a bright day.
Efrem Efre · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

La rencontre est organisée par le groupe de recherche Pluriel, TRENDS Global, l’Université de Montréal et l’Université du Québec à Montréal. Selon sa présentation, elle rassemble 32 universitaires de 24 institutions et de 11 pays, issus notamment des sciences humaines et sociales, de la théologie, du droit et de l’intelligence artificielle. Le programme aborde entre autres la représentation des religions, les limites de la médiation algorithmique et la responsabilité dans les échanges. (pluriel.fuce.eu)

Le colloque ne présente pas, à ce stade, des résultats établissant que l’IA améliore ou détériore le dialogue entre croyants. Il ouvre un chantier de réflexion et de recherche. Des ateliers prévus autour de Dialogia, une plateforme expérimentale, doivent notamment comparer des analyses humaines avec les réponses du système afin d’examiner ses sources, la qualité de ses échanges et ses mécanismes de correction. (pluriel.fuce.eu)

De l’assistance à la médiation : ce que cela signifie

Un outil d’assistance peut, par exemple, aider à retrouver des textes ou à traduire une prise de parole. La médiation commence lorsque le système intervient dans la présentation des idées : il choisit les informations qu’il mobilise, résume les positions et peut reformuler un désaccord. Ces opérations ne sont pas neutres par nature. Le choix des sources, la qualité des données et la consigne donnée au système peuvent influer sur ce que l’utilisateur voit — ou ne voit pas.

La notion d’« interlocution » soulève une question supplémentaire. Une IA conversationnelle peut répondre et relancer une discussion, mais cela ne suffit pas à établir qu’elle comprend une croyance comme le ferait une personne qui l’a vécue, ni qu’elle porte une responsabilité morale propre. Le colloque invite donc à distinguer l’interaction produite par un système de la relation humaine que suppose le dialogue entre traditions religieuses. Cette distinction est une question de recherche et d’interprétation, pas un résultat que l’annonce de l’événement permettrait de trancher.

Qui est concerné par ces enjeux ?

Les conséquences possibles concernent les personnes qui participent à des échanges interreligieux, mais aussi les chercheurs, les responsables religieux et les concepteurs de ces outils. Une synthèse automatisée peut faciliter l’accès à des ressources ou aider à clarifier un vocabulaire. Elle peut aussi donner une apparence d’autorité à une réponse, aplanir des désaccords ou présenter une tradition à travers un nombre limité de textes et de points de vue.

Ces risques rendent importantes des questions concrètes : quelles sources le système utilise-t-il ? Les traditions et langues représentées sont-elles suffisamment diverses ? Les participants peuvent-ils corriger une réponse ou en contester le cadrage ? L’UNESCO recommande notamment, dans son cadre éthique adopté en 2021, la transparence, la prise en compte de la diversité et le maintien d’une responsabilité humaine. Il s’agit d’un cadre de recommandations, non d’une règle juridique spécifique au dialogue interreligieux. (unesco.org)

Des limites à garder en vue

Le programme d’un colloque témoigne des questions discutées, pas de leurs réponses. La présentation de la rencontre ne fournit ni évaluation indépendante de Dialogia, ni données sur ses performances, ni preuve d’un effet sur les relations entre communautés. Les ateliers annoncés sont des travaux de recherche et d’expérimentation : leurs objectifs ne doivent pas être confondus avec des résultats déjà établis. (pluriel.fuce.eu)

La conclusion raisonnable est donc mesurée : l’IA peut contribuer à organiser ou à reformuler des échanges, mais son rôle de médiatrice doit être examiné, notamment au regard des sources mobilisées, de la pluralité des voix et de la responsabilité humaine. La question centrale n’est pas seulement de savoir si une machine peut répondre, mais qui contrôle la manière dont elle représente les croyances et les désaccords.


Source : Calenda – Sociologie des religions

Article original : Consulter la source originale

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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