Le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Cédéao n’a pas mis fin à leurs échanges avec l’organisation. Après des mois de tensions consécutives au putsch de juillet 2023, une première réunion ministérielle entre la Cédéao et l’Alliance des États du Sahel (AES) s’est tenue à Dakar le 17 octobre 2026. Les discussions doivent désormais chercher un cadre de coopération entre les deux blocs. (diplomatie.gouv.sn)
Du bras de fer au dialogue
La crise remonte au renversement de Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023. Quatre jours plus tard, la Cédéao réclamait le rétablissement du président nigérien et annonçait des sanctions, tout en brandissant la menace d’une intervention militaire. Le Mali et le Burkina Faso, alors eux aussi dirigés par des militaires, avaient dénoncé l’ultimatum.
La création de l’AES, puis le retrait officiel des trois pays de la Cédéao à la fin janvier 2025, ont institutionnalisé la rupture. Mais les discussions n’ont pas cessé. En mars 2026, selon l’analyse publiée par Deutsche Welle le 25 juillet, la Cédéao avait désigné l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur en chef auprès de l’AES. (amp.dw.com)
Le sommet de la Cédéao réuni à Freetown en juillet avait ensuite demandé que les premiers échanges portent sur la sécurité régionale. Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, estimait alors que les deux parties étaient disposées à engager des discussions. Il soulignait aussi la situation particulière du Niger, qui dépend du Nigeria et du Bénin pour son accès à l’électricité et au port de Cotonou. (amp.dw.com)
Des gestes d’apaisement, mais des désaccords persistants
La visite du président béninois Romuald Wadagni au Niger, le 2 juin 2026, a constitué un autre signe de rapprochement. Élu président en exercice de la Cédéao en juillet, Bassirou Diomaye Faye avait, de son côté, effectué des déplacements dans les pays de l’AES en mai 2024, peu après son élection au Sénégal. Pape Ibrahima Kane voyait dans ces responsables des interlocuteurs potentiellement mieux placés pour renouer les échanges avec les autorités sahéliennes. (amp.dw.com)
Le dialogue reste toutefois traversé par la question de Mohamed Bazoum. Sahanine Mahamadou, conseiller spécial du président déchu, défend le retour des civils au pouvoir et attribue aux militaires le refus du dialogue. Cette position traduit notamment son souhait de voir Bazoum revenir à la tête du pays. Le Parlement européen a, pour sa part, adopté le 12 mars 2026 une résolution condamnant la détention de l’ancien président et de son épouse et réclamant leur libération. Niamey a dénoncé le texte comme une ingérence. (oeil.europarl.europa.eu)
Pour l’Union européenne, l’enjeu est de maintenir des échanges avec Niamey sans renoncer à ses principes, estime Jérôme Pigné, spécialiste de la sécurité au Sahel. Il rappelle que le Niger a été un partenaire historique de l’UE et décrit un équilibre difficile entre dialogue diplomatique et défense des droits politiques. Une étude de la fondation allemande SWP citée par DW recommande, elle, de poursuivre le dialogue et d’envisager des soutiens à la sécurité et à l’économie, sans attendre des régimes militaires qu’ils changent nécessairement de comportement.
Une première réunion ministérielle à Dakar
La rencontre du 17 octobre marque une étape concrète après les initiatives évoquées durant l’été. Selon le ministère sénégalais des Affaires étrangères, la Cédéao et l’AES y ont examiné leurs priorités respectives et les principes appelés à guider leurs échanges. D’autres réunions doivent suivre pour élaborer progressivement un cadre de partenariat dans les domaines d’intérêt commun. (diplomatie.gouv.sn)
Cette avancée ne règle ni le différend politique autour du coup d’État ni la question du statut de l’AES. Elle ouvre cependant un canal de discussion entre les deux organisations, avec la sécurité régionale et les intérêts communs comme premiers terrains de travail.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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