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Le maintien de l’ordre débordé le 17 octobre, entre sous-estimation et doctrine contestée

Les violences et les destructions survenues en marge des manifestations du 17 octobre contre la vie chère ont mis en lumière plusieurs failles dans le maintien de l’ordre : prévisions de mobilisation dépassées, effectifs jugés insuffisants et doctrine policière contestée. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu des erreurs de préparation et remis sa démission, refusée par Emmanuel Macron.

Scenic view of Le Havre city with St. Joseph Church tower and iconic architecture.
Jan van der Wolf · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Une mobilisation bien supérieure aux prévisions

A crowd gathers for an outdoor protest with a sign reading 'Stop Coal Now'.
Markus Spiske · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Le renseignement territorial avait anticipé environ 200 000 manifestants. Le gouvernement en a finalement dénombré au moins 550 000 dans le pays, contre 800 000 selon la CGT. Cet écart a compliqué la réponse des forces de l’ordre, confrontées à des groupes de casseurs et de pilleurs dans plusieurs villes.

Lundi 19 octobre, Laurent Nuñez a reconnu un manque d’anticipation et une perte de contrôle dans certains secteurs. Il a expliqué avoir présenté sa démission la veille, estimant être responsable de la situation. Emmanuel Macron l’a refusée, invoquant la nécessité de maintenir un commandement continu des forces de l’ordre, tout en reconnaissant des défaillances de renseignement et de préparation.

Le bilan communiqué par le gouvernement pour la journée du samedi fait état d’au moins 2 513 interpellations et de près d’un millier de membres des forces de l’ordre blessés, dont sept grièvement. Le nombre total de manifestants blessés n’était pas établi dans les éléments disponibles. Des blessures graves ont toutefois été signalées, notamment à Saint-Étienne et à Mulhouse.

Des moyens critiqués par les syndicats

Laurent Nuñez a évalué à 60 000 le nombre de policiers et de gendarmes mobilisés le 17 octobre, en incluant les renforts déployés au fil de la journée. Le dispositif était inférieur aux 80 000 agents engagés le 8 décembre 2018, pendant le mouvement des Gilets jaunes, et aux 89 000 mobilisés un an auparavant pour « Bloquons tout ».

Les syndicats de police mettent en avant le manque d’effectifs et la difficulté de couvrir l’ensemble du territoire. Grégory Joron, secrétaire national d’Un1té FO, a estimé qu’il fallait faire des choix faute de personnel en nombre suffisant. Axel Ronde, président et porte-parole de la CFTC-Police, a aussi évoqué les mobilisations récentes liées au voyage officiel du pape et à la crise lycéenne, qui avaient déjà sollicité les services.

Pour Olivier Cahn, professeur à l’université de Nanterre et chercheur au Cesdip, la préparation ne peut toutefois être dissociée des choix opérés par le ministère. Il rappelle que des effectifs importants avaient été mobilisés durant plusieurs semaines autour du mouvement lycéen, alors qualifié de « violences urbaines » par l’exécutif.

Une doctrine de maintien de l’ordre contestée

Olivier Cahn estime que les services de renseignement territorial peinent depuis plusieurs années à anticiper des mouvements sociaux moins structurés par les syndicats et davantage organisés de façon informelle, notamment sur les réseaux sociaux. Il situe ces difficultés dans l’histoire du service, créé en 2008 après la fusion de la DST et des Renseignements généraux, et rappelle que les mobilisations des Gilets jaunes avaient déjà soulevé des questions sur le renseignement de terrain.

Le chercheur met également en cause l’évolution des méthodes de maintien de l’ordre, qu’il décrit comme combinant encerclements, usage fréquent de grenades et de lanceurs de balles de défense, et interventions au sein des cortèges. Cette doctrine, selon lui, a pu contribuer à rassembler des manifestants contre la police. L’avocate Prisca Ancion souligne de son côté que les armes dites « non létales » peuvent provoquer des blessures graves.

La question des grenades assourdissantes est aussi au centre des critiques. Leur utilisation avait été suspendue après qu’un lycéen a perdu une main à Lens, le 5 octobre, avant d’être autorisée à nouveau la veille de la manifestation du 17 octobre. À Saint-Étienne, un jeune de 17 ans a eu une main arrachée ; à Mulhouse, une personne du même âge a perdu un œil. À Toulouse, une touriste britannique a été blessée à la jambe par une grenade de désencerclement.

Les critiques politiques se multiplient

Des responsables de l’opposition accusent le gouvernement d’avoir laissé le mouvement s’enliser. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé un cycle de violences qu’il attribue à l’absence de réponse pendant plusieurs jours, suivie d’une présence policière renforcée autour des lycées. Marine Tondelier a, elle, appelé à revoir la doctrine du maintien de l’ordre, qu’elle considère comme une menace pour les libertés publiques.

Dans les villes touchées par des pillages, des élus demandent des comptes à l’État. À Limoges, où l’hôtel de ville a été incendié, le maire Guillaume Guérin a reproché à la police d’avoir reculé face aux casseurs. Les maires de Paris et de Marseille ont également réclamé un soutien policier et une issue politique à la crise.


Source : France 24 – Infos, news & actualités – L'information internationale en direct (www.france24.com)

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Auteur : Solène CLAUSSE

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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