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Fact Check

Royaume-Uni : vrai, un outil de prédiction des homicides était à l’étude en 2025

Le Royaume-Uni a bien mené un projet de recherche visant à améliorer l’évaluation du risque de violences graves à partir de données judiciaires et policières. Mais l’image d’un système capable de désigner les futurs meurtriers, comme dans « Minority Report », dépasse ce que montrent les documents. Un rapport officiel publié après les articles d’avril 2025 permet de préciser ce qui a été testé — et ce qui ne l’a pas été. (statewatch.org)

Forensic team examining crime scene with chalk outline and evidence markers outdoors.
cottonbro studio · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

L’affirmation vérifiée

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Dans un article publié le 11 avril 2025, Sud Ouest reprend une information révélée le 8 avril par l’organisation Statewatch, puis rapportée par The Guardian : le ministère britannique de la Justice développerait un outil de « prédiction des meurtres ». La question vérifiable est la suivante : ce projet existe-t-il, et sert-il à prédire quels individus commettront un homicide ? La comparaison avec « Minority Report » est une image, pas une description technique du dispositif. (statewatch.org)

Ce que montrent les faits

Le projet est réel. Dans une réponse officielle datée du 23 novembre 2023, le ministère de la Justice le présente comme un projet pilote de recherche sur le risque d’homicide. Il prévoit d’examiner si des méthodes statistiques et l’ajout de données policières peuvent améliorer les évaluations existantes. Le ministère précise alors que les résultats ne doivent pas être utilisés pour évaluer des personnes dans des décisions individuelles, ni transmis aux forces de police pour un usage opérationnel. Une seconde réponse, datée du 9 octobre 2024, indique que le statut du projet n’avait pas suffisamment changé depuis la première réponse pour justifier une nouvelle réponse sur ces points. (statewatch.org)

La chronologie ne s’arrête toutefois pas en avril 2025. Le 16 décembre 2025, le ministère et le service de probation ont publié les résultats de la recherche. Leur rapport indique que plusieurs modèles ont été testés, mais qu’il ne s’agit pas d’un outil opérationnel et qu’aucun changement immédiat des pratiques n’en découle. Il décrit une étude portant sur le risque de violences graves non sexuelles, catégorie qui comprend des homicides mais ne s’y limite pas. Le ministère souligne lui-même qu’un tel événement ne peut pas être prédit avec une forte certitude pour une personne donnée : il s’agit d’estimer un risque plus ou moins élevé, non d’annoncer un crime futur. (gov.uk)

La vérification

La population étudiée mérite une distinction essentielle. Statewatch cite un accord de partage de données entre le ministère et la police du Grand Manchester mentionnant une fourchette de 100 000 à 500 000 personnes. L’organisation relève que les catégories de données policières prévues dans cet accord peuvent concerner notamment des victimes et des témoins. Cela soulève une question légitime sur la portée du partage, mais cette fourchette n’est ni le nombre de personnes « prédites meurtrières », ni l’effectif final des modèles. (statewatch.org)

Le rapport publié en décembre 2025 donne, lui, un effectif précis pour la cohorte de recherche : 274 811 personnes. Chacune avait au moins une condamnation enregistrée et une évaluation complète du risque avant le 1er janvier 2015 ; d’autres critères d’exclusion ont également été appliqués. Les chercheurs ont utilisé les informations connues avant cette date pour étudier les condamnations pour violences graves survenues entre le 1er janvier 2015 et le 1er janvier 2024. Le rapport indique que les données locales recueillies auprès de deux forces de police, celles du Grand Manchester et des West Midlands, ne concernaient qu’une partie de cette cohorte. Une donnée policière mentionnant une victime n’établit donc pas que cette victime a été classée comme future auteure d’un homicide. (assets.publishing.service.gov.uk)

Autre nuance : traiter une information personnelle ne signifie pas nécessairement l’utiliser pour calculer un score. Le rapport indique que des données relatives à l’origine ethnique ont été traitées pour examiner l’équité des modèles, et non comme variable de prédiction ; il précise aussi que certaines données de santé ont été traitées. Ces explications du ministère décrivent la recherche publiée, mais ne dissipent pas à elles seules toutes les questions que pose la liste des données envisagées dans l’accord de partage. (assets.publishing.service.gov.uk)

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Own work avec les données : * Découpage administratif communal et départemental : Admin-Express – découpage administratif du territoire français publié par l'IGNF – édition d'octobre 2023* Fond de plan (Infrastructures, eau, sols, relief) : Plan IGN (licence ouverte Etalab 2.0 depuis le 1er janvier 2021)* Cours d'eau : Cours d'eau – Métropole – BD Topage 2022Assemblé et enrichi dans fr:QGis. · CC BY-SA 4.0 · Source : commons.wikimedia.org

Enfin, le résultat sur les données policières est moins spectaculaire que le titre initial : selon le rapport, les données locales obtenues n’ont pas apporté de preuve d’une amélioration significative de la prédiction du risque de violences graves par le ministère. Le document envisage des recherches futures, ce qui n’équivaut pas à annoncer la mise en service du modèle testé. (assets.publishing.service.gov.uk)

Les sources et les données

Cette vérification confronte les documents obtenus par Statewatch aux réponses écrites du ministère de la Justice de 2023 et 2024, puis au rapport officiel du 16 décembre 2025. Cette dernière publication est déterminante pour ne pas présenter, aujourd’hui, une recherche dont les résultats sont parus comme un outil toujours « en cours de développement » dans les mêmes conditions qu’en avril 2025. Elle ne permet pas, en revanche, de conclure que toute recherche ultérieure sur le sujet aurait cessé. (statewatch.org)

Verdict

Verdict : à nuancer. Le ministère britannique de la Justice a effectivement testé des modèles destinés à mieux estimer le risque de violences graves chez des personnes déjà connues du service de probation. En revanche, les documents consultés n’établissent ni l’existence d’un dispositif capable de savoir qui commettra un meurtre, ni la mise en service opérationnelle du modèle étudié. La formule « prédiction des meurtres » reprend un intitulé ancien du projet, mais décrit imparfaitement son périmètre et ses résultats publiés en décembre 2025. (statewatch.org)

Ce qu’il faut retenir

Il y a bien eu des données partagées, des modèles testés et des questions sérieuses sur les données personnelles employées. Il n’y a pas de « précogs » numériques : une estimation statistique du risque n’est pas la prédiction certaine d’un acte individuel. Et depuis la publication des résultats le 16 décembre 2025, raconter ce projet uniquement au présent de son lancement revient à laisser de côté une pièce majeure du dossier. (statewatch.org)


Source principale : Le vrai du faux (www.sudouest.fr)

Article original : Consulter la source originale

Sources de vérification

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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