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Économie

Les fonds spéculatifs accentuent les tensions sur la dette française, selon des experts

Les rendements des emprunts français à dix ans, proches de 3,7 % début juillet, ont atteint 4,9 % et ont brièvement dépassé 5 % la semaine précédant le 7 octobre 2026. La hausse s’explique par des facteurs économiques et politiques, mais des fonds spéculatifs pourraient aussi l’amplifier. Le risque d’une sortie de la France de […]

À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • Les rendements des emprunts français à dix ans, proches de 3,7 % début juillet, ont atteint 4,9 % et ont brièvement dépassé 5 % la semaine précédant le 7 octobre 2026.
  • La hausse s’explique par des facteurs économiques et politiques, mais des fonds spéculatifs pourraient aussi l’amplifier.
  • Le risque d’une sortie de la France de […]

Des tensions nourries par plusieurs facteurs

La hausse des taux ne concerne pas seulement la France. Elle s’inscrit dans un contexte européen marqué par la progression des taux américains, les besoins d’emprunt des entreprises du secteur de l’intelligence artificielle et le resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).

À ces facteurs s’ajoutent les fragilités propres à la France : plusieurs années de déficit budgétaire supérieur à 5 % du produit intérieur brut et une Assemblée nationale décrite comme bloquée depuis la dissolution de 2024. L’incertitude autour de la prochaine élection contribue également aux inquiétudes des investisseurs.

Dans son rapport sur la stabilité financière de juin 2026, la Banque de France avertit que les tensions sur le marché obligataire français pourraient être amplifiées par des acteurs aux stratégies de court terme et procycliques, notamment des fonds spéculatifs. ()

Les ventes des fonds et le retrait d’investisseurs japonais

Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions, estime que les fonds spéculatifs ont figuré parmi les premiers vendeurs de titres français au début de la hausse des taux. Selon Théophile Legrand, stratégiste taux chez Natixis CIB, des investisseurs japonais ont ensuite réduit leurs positions. Il évoque à la fois une défiance envers la dette française et l’attrait croissant du rapatriement des capitaux, alors que les taux montent au Japon.

Pour expliquer l’accélération observée la semaine précédant le 7 octobre, Théophile Legrand signale la vente de titres français à court terme par des fonds spéculatifs. Il y voit un indice de leurs craintes concernant la capacité de la France à rembourser sa dette, sans que cela signifie pour autant qu’un défaut soit imminent.

Le risque de sortie de l’euro dans les prix des protections

Un autre signal suivi par les deux spécialistes concerne le « risque de redénomination » : des investisseurs peuvent acheter une protection contre un événement donné, dont le coût augmente lorsque la demande progresse. La protection dont le prix a grimpé porte sur le risque que la France quitte la zone euro.

Théophile Legrand relève que son prix est revenu à un niveau comparable à celui de 2017, lorsque le Front national défendait l’organisation d’un référendum sur une sortie de la zone euro. Christophe Boucher juge toutefois ce scénario très peu probable et estime le prix de cette protection excessif. Il met en garde contre une volatilité susceptible de s’auto-alimenter : lorsqu’un scénario s’installe dans les anticipations, il peut devenir difficile de l’enrayer.

Les deux experts soulignent ainsi un mécanisme potentiellement préoccupant : les investisseurs peuvent miser contre la dette française pour en tirer profit, même s’ils considèrent eux-mêmes le scénario redouté comme improbable. Si ces ventes font monter les taux, le coût de financement de l’État augmente à son tour.

Quelles pistes pour apaiser les marchés ?

À ce stade, les tensions sur la dette publique restent contenues. Théophile Legrand avertit toutefois que la situation pourrait se compliquer si les marchés s’en prenaient aux banques françaises.

Le stratégiste identifie plusieurs facteurs susceptibles de détendre les marchés : une baisse des tensions autour du détroit d’Ormuz, qui ferait reculer les prix de l’énergie et l’inflation ; l’adoption rapide d’un budget, qui montrerait que le pays peut être gouverné ; ou un rappel par la BCE de ses outils d’intervention. La source souligne que ces pistes sont incertaines, notamment en raison de la fragmentation politique et du scepticisme exprimé par Christophe Boucher quant à une intervention de la BCE.

Théophile Legrand évoque aussi la possibilité que les investisseurs français prennent davantage le relais, notamment les asurs, en plaçant une partie des fonds liés à l’assurance-vie dans la dette publique. Avec des taux proches de 5 %, Christophe Boucher considère que ces titres offrent un rendement élevé si l’on estime que l’État français ne fera pas défaut.

La hausse des taux et le renchérissement des protections ne démontrent ni un défaut imminent ni une sortie de l’euro. Ils traduisent néanmoins des inquiétudes que les ventes de marché peuvent amplifier, tandis que la situation budgétaire et politique française reste au cœur des préoccupations.


Source : Alternatives économiques (www.alternatives-economiques.fr)

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Auteur : Christian Chavagneux

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