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La transphobie fragilise la santé mentale des personnes trans, qui ont besoin de soins adaptés

La santé mentale des personnes trans est souvent invoquée dans les débats sur les transitions, parfois au risque de présenter leur identité comme un trouble à traiter. Pourtant, les difficultés psychologiques rapportées peuvent aussi être liées aux discriminations et à l’isolement. L’enjeu est de proposer un accompagnement adapté sans imposer une lecture psychiatrique de la […]

À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • La santé mentale des personnes trans est souvent invoquée dans les débats sur les transitions, parfois au risque de présenter leur identité comme un trouble à traiter.
  • Pourtant, les difficultés psychologiques rapportées peuvent aussi être liées aux discriminations et à l’isolement.
  • L’enjeu est de proposer un accompagnement adapté sans imposer une lecture psychiatrique de la […]

Des besoins d’accompagnement, dans un contexte de discrimination

En Bulgarie, aucune donnée officielle ne recense le nombre de personnes trans ou ne me leur santé mentale. Robin Zlatarev, coordinateur du programme trans de la fondation Bilitis, décrit un manque de soutien et d’espaces d’échange. Selon lui, les organisations de la société civile prennent largement en charge un accompagnement qui devrait associer des communautés de soutien et des professionnels qualifiés.

La reconnaissance légale du genre est également devenue plus difficile dans le pays. En 2023, la Cour suprême de cassation a estimé que le genre devait être compris au sens biologique et que sa reconnaissance légale ne pouvait être accordée aux personnes concernées. Selon les éléments rapportés, les divergences entre l’apparence d’une personne et les mentions de ses papiers peuvent compliquer ses déplacements et son accès aux soins.

À l’échelle européenne, les personnes trans et intersexes figurent parmi les groupes les plus exposés aux discriminations. Dans son enquête publiée en 2024, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne rapporte que 59 % des femmes trans, 60 % des hommes trans et 55 % des personnes non binaires interrogées avaient pensé au suicide, occasionnellement ou plus souvent, au cours de l’année précédant le sondage. Ces résultats décrivent les réponses à une enquête : ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une cause unique à ces pensées. ()

Les travaux cités dans l’enquête soulignent toutefois le lien entre transphobie et dégradation de la santé mentale. Une étude menée en Italie auprès de 47 personnes trans et de 47 personnes cisgenres a relevé, chez les participantes et participants trans, davantage de difficultés liées à l’image corporelle, à l’évitement et à l’estime de soi. Elle fait aussi état d’une qualité de vie moindre dans les domaines psychologique, relationnel et sexuel. En revanche, elle n’a pas relevé de différence significative concernant la santé mentale dans son ensemble.

Soigner sans faire de l’identité un diagnostic

La difficulté ne tient pas seulement à l’accès aux soins. En Autriche, Sandra Konstatzky, directrice de l’Office de l’égalité de traitement, dit avoir reçu des plaintes pour discrimination ou comportements inappropriés dans des établissements de santé. Elle évoque notamment des situations où des personnes trans ont été incitées à remettre en question ou à réprimer leur identité au lieu de recevoir un accompagnement bienveillant.

Cette tension se retrouve dans les parcours administratifs et médicaux. En Autriche, la stérilisation et la chirurgie d’affirmation de genre ne sont plus exigées pour obtenir une reconnaissance légale depuis 2009, mais celle-ci reste souvent liée à des évaluations médicales ou psychiatriques. Pour certains militants, la nécessité de recueillir plusieurs avis d’experts maintient les identités trans sous contrôle médical.

Les classifications médicales ont évolué : le DSM-5, publié en 2013, a remplacé la notion de « trouble de l’identité de genre » par celle de « dysphorie de genre », qui désigne une souffrance liée à l’incongruence entre l’identité de genre et le sexe assigné à la naissance. Depuis 2019, l’Organisation mondiale de la santé ne classe plus l’identification comme personne trans parmi les troubles mentaux. Ces évolutions n’ont cependant pas mis fin aux pratiques pathologisantes ni aux débats sur la place du suivi psychologique.

Le suivi psychologique ne doit pas conditionner la reconnaissance

Le rapport britannique Cass, publié en 2024 sur les soins destinés aux jeunes, illustre ces controverses. Il recommande une prise en charge plus globale, attentive notamment aux troubles psychologiques préexistants, à la neurodivergence et au contexte familial. Il ne préconise pas l’arrêt des soins d’affirmation de genre. Des critiques ont contesté sa méthodologie, tandis que le document a été mobilisé dans des débats dépassant le Royaume-Uni.

Le sociologue Arnaud Alessandrin décrit deux arguments récurrents dans les discours qui contestent les droits des personnes trans : attribuer leur identité à des difficultés psychologiques préexistantes, ou soutenir que les transitions détérioreraient leur rapport au corps. Il estime que ces raisonnements confondent parfois les effets possibles de la transphobie avec l’identité elle-même. Le taux de regret après une transition, qu’il situe autour de 1 %, est également avancé dans ces débats ; ce chiffre est ici rapporté comme son estimation.

Un rapport français de 2022 rappelle que la psychiatrisation historique des parcours trans a pu éloigner des personnes des soins en santé mentale. L’enjeu n’est donc pas d’écarter le soutien psychologique, mais de permettre un accompagnement qui réponde aux besoins de chacun sans réduire toute souffrance à la transidentité. La dépsychiatrisation vise ainsi à dissocier identité et maladie, tout en préservant l’accès à des soins adaptés et le droit des personnes à décider de leur parcours.


Source : Voxeurop (voxeurop.eu)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : Adrian Burtin

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