À l’approche de son cinquième hiver depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, l’Ukraine voit s’aggraver le risque de nouveaux déplacements. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), des logements endommagés, les attaques contre les infrastructures énergétiques et le coût du chauffage fragilisent les personnes revenues chez elles. Dans une alerte publiée le vendredi 16 octobre, l’organisation souligne que celles qui sont rentrées au cours des trois derniers mois sont particulièrement susceptibles de repartir.

Des retours fragilisés par les dégâts et le coût de l’énergie

Depuis février 2022, 3,8 millions de personnes ont regagné leur lieu de résidence après un déplacement, tandis que près de 3,6 millions restent déplacées à l’intérieur du pays, selon les chiffres de l’OIM. Après plus de quatre années de guerre, l’épuisement des économies familiales réduit leur capacité à faire face à de nouvelles difficultés.
La pression est particulièrement forte dans les zones proches de la ligne de front. Environ 1,45 million de personnes revenues vivent dans des districts de première ligne, dont 565 000 dans la région de Kharkiv, dans le nord-est du pays.
Dans les secteurs ruraux les plus exposés, trois ménages de retour sur quatre ont besoin de matériaux pour réparer leurs murs. Près de deux sur trois doivent aussi remettre leur toiture en état ou améliorer l’isolation de leur logement, indique l’OIM.
Les difficultés ne se limitent pas aux habitations endommagées. L’hiver précédent, près de six ménages sur dix ont réduit leur consommation de chauffage pour limiter leurs dépenses. Dans les villes, six habitants sur dix dépendent du chauffage urbain, vulnérable aux attaques contre les infrastructures énergétiques. Un ménage urbain sur cinq ne dispose pas d’une autre source d’énergie.
Les personnes âgées vivant seules sont particulièrement exposées aux interruptions prolongées d’électricité ou de chauffage. L’OIM estime que 2,1 millions de personnes âgées vivent seules dans des immeubles collectifs en Ukraine.
Des besoins humanitaires face à un financement limité
Les moyens d’aide sont eux aussi sous pression. Moins de 7 % du plan d’intervention de l’OIM pour l’Ukraine en 2026 a été financé, selon l’organisation. Cette insuffisance limite sa capacité à soutenir les réparations des logements et la préparation des familles à l’hiver.
Pour Arthur Erken, directeur régional de l’OIM pour l’Europe et l’Asie centrale, l’enjeu est désormais de permettre aux personnes revenues de rester chez elles en sécurité. Il estime que les conditions actuelles rendent cette perspective difficile.
Une réparation près de la centrale de Zaporijia
La vulnérabilité énergétique se manifeste également autour des installations nucléaires. Jeudi, un huitième cessez-le-feu localisé, facilité par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), est entré en vigueur afin de permettre la réparation d’un transformateur de secours endommagé près de la centrale de Zaporijia, occupée par les forces russes.
Cette intervention doit améliorer la fiabilité de l’alimentation électrique extérieure de la centrale, nécessaire au fonctionnement de ses systèmes de sûreté, même lorsque les réacteurs ne produisent pas d’électricité. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a déclaré que les réparations renforceraient cette connexion.
Cette trêve ponctuelle intervient alors que des activités militaires ont été signalées autour d’autres sites nucléaires. À Tchernobyl, les équipes de surveillance ont détecté 134 drones en une semaine, contre 80 la semaine précédente. Le 9 octobre, un drone s’est écrasé dans une zone boisée à environ deux kilomètres du site et a déclenché un incendie, rapidement maîtrisé.
Sur la même période, 121 drones ont été signalés autour de la centrale dite du Sud de l’Ukraine, 31 près de Khmelnytskyi et un près de Rivne. Au total, 194 alertes aériennes ont été enregistrées autour des installations nucléaires ukrainiennes en une semaine. Les équipes de l’AIEA présentes à Khmelnytskyi et à Rivne ont dû se réfugier à plusieurs reprises dans des abris.
Rafael Grossi a averti que la multiplication des activités militaires représentait un risque pour la sûreté nucléaire, y compris lorsque les installations ne sont pas directement visées, et a appelé les parties à faire preuve de retenue. À l’approche du froid, les difficultés de logement et d’approvisionnement énergétique s’ajoutent ainsi aux risques liés aux combats pour les personnes qui tentent de rester chez elles.
Source : ONU Info – L'actualité mondiale Un regard humain (news.un.org)
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