Au Mali, la teinture artisanale du bazin, étoffe prisée lors des grandes cérémonies, est associée à des rejets de produits chimiques dans l’environnement. Une enquête de Cenozo, relayée par Courrier international le 17 octobre 2026, rapporte des témoignages de maraîchers et de pêcheurs à Bamako, ainsi que des risques pour les personnes qui manipulent ces substances sans protection.
Des cultures touchées près du fleuve Niger
Maïmouna Diallo, maraîchère au bord du Niger, a retrouvé ses plants de tomates, de gombos, de piments et de menthe flétris après une nuit. Elle a également constaté qu’une eau de couleur inhabituelle traversait ses parcelles. L’enquête de Cenozo rapporte cet épisode et le rapproche des eaux usées issues de la teinture artisanale, sans établir de manière indépendante l’origine précise de l’eau.
Un pêcheur rencontré sur les rives du fleuve déplore lui aussi la raréfaction du poisson. Il attribue cette baisse aux rejets d’eaux usées, notamment de produits utilisés pour la teinture. Les conséquences de ces substances sur les cours d’eau, les cultures et la santé restent, selon Cenozo, peu documentées.

Une activité exposant les teinturières aux produits chimiques
À Bamako, l’enquête décrit des bassines d’eau colorée chauffées dans une cour. Lors de l’immersion des tissus, des réactions se produisent au contact des produits. Certaines artisanes travaillent en tongs et sans vêtements de protection. La journaliste de Cenozo rapporte avoir toussé et ressenti une brûlure au visage à cause des vapeurs.
La soude caustique, appelée « gala ségai » en bamanan selon le reportage, peut provoquer de graves brûlures cutanées, des lésions oculaires, des difficultés respiratoires et des intoxications, avertit une militante pour le climat citée par Cenozo. Un médecin du centre hospitalo-universitaire Gabriel-Touré évoque des accidents qui touchent souvent des enfants et des risques de cancers pouvant apparaître plusieurs années après une exposition.
Une interdiction qui peine à faire cesser les rejets

Au Mali, le déversement de déchets industriels ou artisanaux dans les caniveaux, les cours d’eau et les espaces publics est interdit, rappelle l’enquête. Pourtant, les produits employés pour la teinture restent en vente libre et les rejets se poursuivent. Cenozo décrit une activité qui perdure faute de contrôles suffisants.
Le bazin demeure un tissu associé aux mariages, aux baptêmes et aux fêtes religieuses. Brillant et rigide, il est aussi lié, dans les usages évoqués par l’enquête, à l’élégance, au statut social et à l’identité culturelle. Le reportage met ainsi en regard sa place dans la vie quotidienne malienne et les risques liés à certaines pratiques de fabrication.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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