Des écarts fortement réduits après redistribution
Selon les calculs présentés par Christophe Ramaux, les 10 % de ménages les plus aisés disposent, avant redistribution, d’un revenu primaire 19,6 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes. Après prise en compte des prélèvements et des transferts monétaires et en nature, le rapport tombe à 3,7 dans l’approche dite de « redistribution simple ».
La mesure élargie, qui intègre davantage de prélèvements et de services collectifs, fait apparaître un écart initial plus important, de 26,3 à 1. Celui-ci est ramené à 3,5 après redistribution. Pour les 10 % les plus pauvres, le niveau de vie élargi atteint 2 217 euros par mois et par unité de consommation, contre un revenu primaire de 483 euros. Pour les 10 % les plus aisés, il passe de 12 708 à 7 842 euros.
Cette approche élargie inclut notamment les services d’éducation et de santé, mais aussi des services collectifs comme la police et la justice. Elle tient également compte des impôts sur la production et la consommation, tels que la TVA, absents du calcul de la redistribution simple.
![Map data (c) OpenStreetMap contributors, CC-BY-SA Legend • Shape files infrastructure: railway, highways, water: all originally by OpenStreetMap contributors. Status december 2011 • Label and Insee code commune: from Geofla (note that commune boundaries are also available under free license at geofla, but not near acceptable quality due to extreme simplification!) • Data for exact commune* and department boundaries: derived via osm download geofabrik.de and osm2pgsql, OpenStreetMap contributors. • Data for landuse: OSM / Corine land cover, 2006 ([1]) • Mentioned sources combined and exported for each commune using a script by Michiel1972 *note: shown commune boundaries are from OSM dump May 2012; at that time about 90% complete — Selon l’Insee, la redistribution ramène de 26,3 à 3,5 l’écart entre les déciles extrêmes](https://artia13.city/images/wikimedia-commons/wc-e7cebbbc1f92252808756a088ca8c54a9296532d033f6e384daf1df6c6fd4c38.png)
Prestations et services publics pèsent dans le niveau de vie
Pour l’année 2023, le revenu primaire élargi des ménages est évalué à 2 083 milliards d’euros. Selon les données reprises par Ramaux, 1 271 milliards sont prélevés, auxquels s’ajoutent 66 milliards financés par l’endettement public. Ces sommes se retrouvent sous forme de prestations monétaires, pour 592 milliards d’euros, et de transferts non monétaires, évalués à 745 milliards.
Au total, 61 % du niveau de vie élargi serait ainsi socialisé. L’analyse indique également que 56 % des personnes reçoivent davantage en prestations et services qu’elles ne versent en impôts, taxes et cotisations sociales. Ramaux met en avant ce résultat pour rappeler que les prélèvements ont des contreparties, au-delà de leur poids dans les revenus.
Les services publics représentent, en moyenne, plus du tiers du niveau de vie élargi : 900 euros mensuels par personne pour les services individualisables, comme l’éducation et la santé, et 425 euros pour les services collectifs. Leur poids est plus élevé pour les ménages modestes. Ils comptent pour près des trois quarts du niveau de vie élargi des 10 % les plus pauvres, contre 14 % pour les plus aisés.
Ramaux souligne toutefois que cette comparaison dépend en partie de la composition des ménages. Les familles avec enfants, notamment monoparentales, sont davantage représentées parmi les ménages modestes et bénéficient de services comme l’éducation. Une fois les transferts non monétaires mis de côté, les écarts restent importants : les 10 % les plus pauvres disposent de 625 euros par mois pour leurs dépenses courantes, contre 6 758 euros pour les 10 % les plus aisés.
Une méthode qui éclaire, sans tout mesurer
La redistribution élargie vise à prendre en compte à la fois les prélèvements et les prestations reçues. Ramaux estime qu’elle rend mieux visible le rôle de l’État social que certaines autres méthodes, notamment parce qu’elle inclut les services publics et tient compte de la taille des ménages à travers les unités de consommation. Il rappelle néanmoins que les résultats varient selon la manière de classer certains revenus : l’Insee traite les pensions de retraite comme des prestations, tandis que d’autres analyses les considèrent comme un revenu différé du travail.
L’étude ne mesure pas non plus les écarts entre les plus hauts revenus à l’intérieur du dernier décile. Ramaux relève que, dans les données par vingtiles, le niveau de vie élargi des 5 % les plus riches est cinq fois supérieur à celui des 5 % les plus pauvres ; sans les transferts non monétaires, le rapport atteint 21.
Pour l’économiste, ces chiffres montrent que la redistribution réduit fortement les inégalités sans les faire disparaître. Il défend l’idée que la protection sociale et les services publics constituent une part majeure de l’économie et bénéficient à l’ensemble de la population, tout en soulignant que les écarts de revenus restent considérables lorsque l’on ne tient pas compte de ces transferts.
Source : Fondation Res Publica (fondation-res-publica.org)
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