La réflexion intervient alors que les négociations d’adhésion avancent. Le 13 octobre 2026, l’UE et l’Ukraine ont ouvert des discussions sur deux nouveaux volets, consacrés au marché intérieur, à la compétitivité et à la croissance. Cette étape ne tranche pas les difficultés propres à l’agriculture, mais elle confirme la progression du processus d’adhésion. ([consilium.europa.eu](https://www.consilium.europa.eu/en/press/news/20261013-4-accession-conferences-more-progress-for-montenegro-albania-ukraine-and-moldova/?utm_source=openai))
Un poids agricole hors norme
Selon les chiffres présentés par Voxeurop, l’Ukraine compte 33 millions d’hectares de terres agricoles exploitables, dont 26 millions sont cultivés, même en excluant la Crimée et certaines zones du Donbass occupées par la Russie. À titre de comparaison, la France dispose de 16 millions d’hectares de terres arables, l’Espagne et la Pologne d’environ 11 millions chacune.
Une adhésion ferait ainsi entrer dans l’Union un grand producteur de céréales et d’oléagineux, notamment de colza, de tournesol et de soja. L’avantage potentiel ne tient pas seulement à la superficie. Des experts cités dans l’analyse mettent aussi en avant les sols ukrainiens riches en humus, ainsi que l’expérience du pays dans la transformation et l’organisation de ses circuits d’approvisionnement.
La guerre a toutefois profondément éprouvé ce secteur. Des infrastructures agroalimentaires et des installations de semences ont été détruites, des terres minées et les exportations perturbées par le blocage initial des ports. L’Ukraine a ensuite réorganisé ses voies maritimes et ferroviaires, notamment avec l’appui de la Roumanie et de la Pologne. Pour Roman Leshchenko, ancien ministre de la Politique agraire et de l’Alimentation, les semailles et la production de pain sont aussi un enjeu symbolique majeur pour le pays.
La PAC au cœur des arbitrages
L’entrée d’un producteur de cette taille modifierait les équilibres du marché et poserait la question du financement de la PAC. Les choix évoqués par Elsa Régnier, chercheuse à l’Institut du développement durable et des relations internationales, sont délicats : augmenter les moyens consacrés à la politique agricole, réduire les enveloppes attribuées aux États membres ou prévoir pour l’Ukraine un régime spécifique, lié à sa superficie agricole.
La Commission européenne a déjà présenté une proposition de PAC pour la période 2028-2034, intégrée au prochain budget pluriannuel de l’UE. La manière dont une éventuelle adhésion ukrainienne s’insérerait dans ce cadre dépendrait des négociations à venir. ([agriculture.ec.europa.eu](https://agriculture.ec.europa.eu/common-agricultural-policy/cap-post-2027-next-eu-budget_en?utm_source=openai))
Pour Yves Le Morvan, spécialiste des chaînes d’approvisionnement agricoles chez Agridées, un simple ajustement ne suffirait probablement pas. Il souligne que le modèle ukrainien, marqué par l’héritage de l’économie soviétique et par des exploitations de taille importante, diffère de celui qui prévaut dans l’Union. Il évoque deux pistes : une intégration assortie de règles particulières ou une réforme plus profonde de la PAC, avec des protections durables pour les secteurs les plus exposés.
La Moldavie, un aperçu des difficultés
Le parcours de la Moldavie donne déjà une idée des avantages et des coûts de l’intégration commerciale européenne. L’accord d’association signé en 2014 a facilité l’accès de ses produits au marché de l’UE. En 2025, le pays en est devenu le premier fournisseur de tournesol, avec 57,5 % de parts de marché, selon les chiffres rapportés par Voxeurop.
Mais l’accès au marché suppose de respecter des exigences européennes en matière de santé des végétaux et de traçabilité. Daniel Leahu, agriculteur dans le nord du pays, estime que ces règles renchérissent la production, sans que les exploitants moldaves bénéficient des aides accordées aux agriculteurs des États membres. Les taux d’intérêt cités dans l’analyse illustrent aussi l’écart de financement : environ 13 % pour les producteurs moldaves, contre 3 à 5 % pour leurs homologues de l’UE.
Cette expérience nourrit les demandes de périodes de transition et de soutiens publics ciblés. Elle rappelle aussi que les producteurs des pays candidats ne sont pas automatiquement plus compétitifs : les normes, les volumes et la régularité des livraisons exigés par les acheteurs européens peuvent constituer des obstacles importants.
Des inquiétudes de part et d’autre
Dans plusieurs États membres, des agriculteurs redoutent qu’une offre ukrainienne à moindre coût ne fragilise les régions productrices. Des tensions sur les importations ont déjà conduit la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie à prendre des mesures de restriction, selon l’analyse de Voxeurop. L’expert d’Agridées cité dans le texte estime que certaines zones agricoles, à l’est comme à l’ouest de l’Union, pourraient être particulièrement vulnérables.
Le débat ne se limite donc pas au volume de céréales susceptible d’entrer sur le marché européen. Il porte aussi sur la capacité de l’Ukraine à adapter ses structures et ses règles, sur le soutien accordé aux petits et moyens producteurs et sur la manière dont la PAC répartira les ressources dans une Union élargie. L’adhésion reste un processus en cours : son impact agricole dépendra des conditions négociées et des choix budgétaires européens.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin




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