Des arrestations pour des détails de tenue
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) indique avoir vérifié les 53 arrestations ou détentions. Les motifs rapportés comprennent l’absence de voile, des cheveux visibles, un foulard jugé trop coloré, le port de maquillage ou le fait de sortir sans mahram — un accompagnateur masculin, généralement un membre de la famille, selon les règles en vigueur.
Les femmes et la fille concernées ont été relâchées après plusieurs heures. Mais le chiffre pourrait sous-estimer l’ampleur des faits : selon la MANUA, la crainte de représailles et la stigmatisation associée à une arrestation découragent certaines victimes de témoigner. La mission fait également état d’insultes, de coups et de menaces, notamment contre des commerçantes, sans donner de décompte pour ces violences. (unama.unmissions.org)
La pression déborde le contrôle vestimentaire
À Hérat, la répression a aussi suscité des protestations. La MANUA rapporte qu’au moins 30 femmes ont été arrêtées les 6 et 7 juin 2026, selon les autorités de facto pour des infractions présumées aux consignes vestimentaires. Après leur détention, des habitants se sont rassemblés le 9 juin. La mission affirme qu’un garçon a été tué par balle et que plusieurs personnes ont été blessées, certaines après avoir été frappées avec des bâtons. Elle indiquait alors vérifier des informations faisant état d’un second décès. (unama.unmissions.org)
Les arrestations peuvent aussi avoir des effets au-delà de la détention elle-même. La MANUA avertit que la peur d’être arrêtée et la honte sociale peuvent conduire des femmes à renoncer à sortir. Dans certains cas, des familles leur interdisent de quitter le domicile, par crainte des sanctions ou des conséquences sociales.
Des droits restreints depuis le retour des talibans
Ces contrôles s’inscrivent dans un ensemble de restrictions imposées aux femmes depuis le retour des talibans au pouvoir, en août 2021. Leurs possibilités d’accéder à l’enseignement secondaire et supérieur, à l’emploi et à certains espaces publics ont été fortement limitées. La MANUA estime que les arrestations liées à la tenue portent atteinte à la liberté de circulation et d’expression ainsi qu’à l’autonomie des femmes.
Le sujet prend une dimension judiciaire internationale. Le 5 octobre 2026, la Cour pénale internationale (CPI) a rendu publics quatre mandats d’arrêt délivrés en 2025 contre des responsables talibans : Haibatullah Akhundzada, Abdul Hakim Haqqani, Habibullah Agha et Neda Mohammad Nadim. Les juges estiment qu’il existe des motifs raisonnables de croire qu’ils pourraient être responsables de persécution, notamment pour des motifs liés au genre. Un mandat d’arrêt n’est pas une condamnation : il ne vaut pas jugement définitif sur la culpabilité des personnes visées. (icc-cpi.int)
Ce que documente l’alerte de l’ONU
Les chiffres publiés par la MANUA sont des cas vérifiés à Kaboul et à Hérat pendant une période donnée, et non un bilan exhaustif des arrestations dans tout le pays. La mission appelle les autorités de facto à mettre fin aux pratiques discriminatoires et à respecter les obligations internationales de l’Afghanistan en matière de droits humains. Son alerte souligne que les règles vestimentaires ne concernent pas seulement l’apparence : elles contribuent à restreindre concrètement les déplacements et la présence des Afghanes dans la vie publique.
Source : ONU Info – L'actualité mondiale Un regard humain
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