Une mobilisation pour sortir de l’isolement
Dans l’entretien publié le 12 octobre par le Journal du dimanche, le média rappelle que 891 lycées ont été perturbés par des blocages et que les mobilisations ont réuni entre 250 000 et 450 000 personnes dans le pays. Pour Baptiste Detombe, cette ampleur s’explique notamment par le besoin de renouer des liens dans une génération qu’il décrit comme confrontée à la solitude et au sentiment d’être peu écoutée.
Il interprète le mouvement comme une occasion de se retrouver autour d’une cause commune. S’engager collectivement permettrait à certains jeunes de donner un sens à leur action, de se reconnaître dans un groupe et de chercher une place dans le monde. Cette dynamique, estime-t-il, relève autant d’un malaise générationnel que d’une mobilisation strictement politique.
Dans La Révolution affective, son ouvrage paru en septembre 2026, il analyse l’affaiblissement des liens sociaux et affectifs. Il estime que l’action sur le réel passe par des groupes et des relations, et que l’isolement peut renforcer le sentiment d’impuissance. Les blocages offriraient ainsi, selon lui, un moyen de reprendre prise sur un environnement perçu comme contraignant.
Les réseaux sociaux, outils de coordination et sujet d’inquiétude
La mobilisation s’organise largement au sein de groupes informels, explique Baptiste Detombe. Les réseaux sociaux facilitent la circulation des informations et la coordination entre jeunes, sans qu’une structure verticale soit nécessaire. Il cite notamment la géolocalisation de Snapchat, qui peut aider les participants à repérer où se retrouver et agir en temps réel.
Le philosophe avance également que les plateformes peuvent contribuer à certaines dérives. Il juge les actes violents minoritaires, mais affirme que l’exposition répétée à des contenus polarisants peut banaliser la violence et durcir les oppositions entre « amis » et « ennemis ». Il met en cause le fonctionnement des algorithmes de X, TikTok et Instagram, qui, selon son analyse, favorisent les contenus suscitant le plus d’attention.
Ces propos constituent son interprétation du rôle des réseaux sociaux, et non une mesure de leur effet sur les blocages. Il associe aussi leur usage intensif à une moindre tolérance au désaccord et à une érosion de l’empathie idéologique. À ses yeux, lorsque les échanges numériques remplacent une partie des relations sociales, la frustration peut s’accentuer.
Un avenir perçu comme difficile à maîtriser
La peur de l’avenir participe, selon lui, au malaise exprimé par les lycéens. Les inquiétudes liées à l’emploi, à l’économie, au climat et aux guerres s’ajoutent à l’impression que les choix personnels sont déterminés par des facteurs extérieurs. Baptiste Detombe prend Parcoursup comme exemple de cette perte de contrôle : il décrit la plateforme comme opaque et estime qu’elle cristallise les frustrations concernant l’orientation et l’avenir.
Il considère toutefois que le problème dépasse les seuls moyens des établissements ou le nombre d’enseignants. À ses yeux, les revendications scolaires renvoient à une question plus large : quelle place les jeunes peuvent-ils trouver dans la société ? Il estime que les générations plus âgées ne mesurent pas toujours le mal-être des jeunes ni la place occupée par le téléphone et les réseaux sociaux dans leur quotidien.
Baptiste Detombe appelle enfin à conjuguer l’autorité et l’écoute. Il reconnaît que la jeunesse peut parfois se montrer incivique ou dangereuse, tout en estimant que ces comportements ne résument pas le mouvement. Il plaide pour une politique culturelle qui aide les jeunes à trouver leur place et à agir sur leur avenir.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
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Auteur : leJDD



