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La transphobie fragilise la santé mentale des personnes trans, sans justifier leur psychiatrisation

La dépsychiatrisation des parcours trans ne signifie pas qu’il faille renoncer au soutien psychologique. Des témoignages et des données européennes soulignent au contraire un double enjeu : permettre un accompagnement adapté tout en évitant que la transidentité soit assimilée à un trouble mental ou que la souffrance causée par la transphobie soit attribuée à l’identité […]

À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • La dépsychiatrisation des parcours trans ne signifie pas qu’il faille renoncer au soutien psychologique.
  • Des témoignages et des données européennes soulignent au contraire un double enjeu : permettre un accompagnement adapté tout en évitant que la transidentité soit assimilée à un trouble mental ou que la souffrance causée par la transphobie soit attribuée à l’identité […]

En Bulgarie, un accompagnement largement laissé aux associations

Robin Zlatarev, coordinateur du programme trans de la fondation bulgare Bilitis, décrit un parcours marqué par l’isolement et le manque d’informations. La personne non binaire explique avoir connu de l’anxiété et de la dépression à l’adolescence, liées en partie à la dysphorie, mais aussi à l’absence de compréhension et de visibilité.

Selon Zlatarev, les personnes trans et non binaires en Bulgarie sont confrontées à une hostilité croissante et disposent de peu de structures de soutien. Les organisations de la société civile prennent une part importante de l’accompagnement. Il plaide pour des espaces où les personnes concernées puissent se retrouver et échanger, avec l’appui de professionnels qualifiés.

Le manque de données complique également l’évaluation de la situation : aucune statistique officielle ne permet, selon les informations rapportées, d’établir le nombre de personnes trans dans le pays ou d’évaluer leur santé mentale. En 2023, la Cour suprême de cassation bulgare a estimé que le genre devait être compris au sens biologique, fermant la voie à la reconnaissance légale du genre. Cette décision peut avoir des conséquences concrètes lorsque les papiers d’identité ne correspondent pas à l’apparence d’une personne, notamment lors de déplacements ou dans l’accès aux soins.

La transphobie, un facteur de santé publique

Les travaux cités mettent en évidence les effets possibles de la discrimination, sans pour autant permettre de dresser un tableau complet de la santé mentale des personnes trans. Une étude publiée en 2022 dans le Journal of Psychopathology, menée auprès de 47 personnes trans et de 47 personnes cisgenres en Italie, relève des différences concernant notamment l’image corporelle, certains comportements d’évitement et l’estime de soi. Les personnes trans interrogées rapportaient aussi une qualité de vie plus faible dans les domaines sexuel, psychologique et relationnel. L’étude ne relevait toutefois pas de différence significative pour la santé mentale globale ni pour la qualité de vie physique et environnementale.

Le rapport 2024 de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), fondé sur une enquête menée en 2023, fait état d’une forte exposition à la discrimination des personnes trans et intersexes. Il rapporte également que 59 % des femmes trans, 60 % des hommes trans et 55 % des personnes non binaires interrogées avaient pensé au suicide, occasionnellement ou plus souvent, au cours de l’année précédente. Ces résultats décrivent les réponses des personnes sondées ; ils rappellent aussi l’importance de considérer les discriminations comme un enjeu de santé publique. ([fra.europa.eu](https://fra.europa.eu/fr/publication/2024/lgbtiq-equality-crossroads-progress-and-challenges?utm_source=openai))

Accompagner sans pathologiser

La distinction entre transidentité et santé mentale est au cœur du débat. L’Organisation mondiale de la santé a déplacé l’incongruence de genre hors de la catégorie des troubles mentaux dans la classification ICD-11. Cette évolution vise à ne pas présenter les identités trans comme des maladies mentales, tout en maintenant une catégorie liée à la santé sexuelle qui peut faciliter l’accès aux soins. ([who.int](https://www.who.int/standards/classifications/frequently-asked-questions/gender-incongruence-and-transgender-health-in-the-icd?trk=article-ssr-frontend-pulse_little-text-block&utm_source=openai))

Dans les faits, l’accès aux droits et aux soins reste parfois associé à des évaluations médicales ou psychiatriques. En Autriche, Sandra Konstatzky, directrice de l’Office de l’égalité de traitement, a signalé des plaintes concernant des comportements discriminatoires dans des établissements de santé. Certaines personnes trans auraient été confrontées à des questions intrusives, à des refus de soins ou à des tentatives de les inciter à reconsidérer leur identité.

Le rapport britannique de 2024 sur les soins liés au genre pour les jeunes, conduit par la pédiatre Hilary Cass, recommande une prise en charge plus globale, tenant compte notamment de la santé psychologique, de la neurodivergence et de la situation familiale. Le document a aussi suscité des critiques portant sur sa méthodologie. Dans le débat public, ses conclusions ont été invoquées par des opposants aux droits des personnes trans, selon l’analyse présentée par Voxeurop.

Le sociologue français Arnaud Alessandrin met en garde contre un raisonnement qui confondrait les effets du stress, de l’angoisse ou des idées suicidaires avec la transidentité elle-même. Il conteste également l’usage de la crainte du regret pour remettre en cause les transitions, estimant que les regrets sont rares. Ces affirmations lui sont attribuées et ne remplacent pas une évaluation individualisée des besoins de santé.

Dépsychiatriser ne revient donc pas à écarter le suivi psychologique. Les personnes trans doivent pouvoir obtenir un accompagnement adapté sans que leur identité soit réduite à un diagnostic ou que leur souffrance soit automatiquement expliquée par celle-ci. L’enjeu est de répondre aux besoins de santé tout en laissant aux personnes concernées la capacité de décider de leur parcours.


Source : Voxeurop (voxeurop.eu)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : Adrian Burtin

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« artia13 » est le pseudonyme d’un auteur publié par Artia13 Actualité. Le média le présente comme son fondateur et comme un créateur de contenus couvrant divers sujets. Une page LinkedIn publique d’Artia13 associe la direction de l’organisation à Cédric Balcon-Hermand, mais les sources consultées ne confirment pas explicitement que cette personne est l’auteur utilisant le pseudonyme « artia13 ».

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