Des déclarations contradictoires en deux jours
Le 8 octobre, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, Fabien Mandon a affirmé que l’Allemagne avait décidé de quitter le projet de char commun. Il a présenté cette décision comme politique, et non comme un choix relevant des militaires.
Quelques heures plus tard, le chef d’état-major a toutefois publié un communiqué sur X indiquant que le MGCS se poursuivait, avec un intérêt recentré sur la connectivité, le combat collaboratif, l’automatisation et la robotisation. Cette précision entretient une distinction importante : les travaux liés à l’écosystème du futur véhicule continueraient, mais l’objectif d’un blindé conçu en commun reste incertain.
Le 9 octobre, la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a déclaré que le programme restait d’actualité. Son homologue allemand, Boris Pistorius, a également assuré que le MGCS n’était ni terminé ni abandonné. Les deux ministres se sont exprimés au Haillan, en Gironde, lors d’un déplacement consacré au spatial et à la défense.
Des travaux communs, des chars étudiés séparément
Selon une source militaire citée par le JDD, trois équipes travaillent en parallèle. Une équipe française étudie une solution intermédiaire pour remplacer le Leclerc ; une équipe allemande se penche sur le successeur du Leopard 2. Un groupe franco-allemand travaille, de son côté, sur les technologies associées au MGCS, notamment la robotisation, les drones et le combat collaboratif.
L’un des objectifs évoqués est de permettre aux véhicules des deux pays de partager des informations sur le champ de bataille. Mais, à ce stade, les études sur les futurs chars nationaux avancent séparément. La même source militaire estime qu’un projet commun n’est pas exclu, tout en reconnaissant que rien ne permet encore d’en préciser la forme.
Une période de transition à financer
Pour Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations unies, les deux pays pourraient finalement disposer chacun de leur propre char, tandis que les études sur un véhicule commun seraient repoussées au-delà de 2040. Il s’agit de son analyse, et non d’un calendrier officiellement annoncé par les gouvernements.
La question est particulièrement pressante pour la France : le Leclerc, entré en service dans les années 1990, ne pourra pas être maintenu indéfiniment, malgré les modernisations engagées. Une solution intermédiaire pourrait donc être étudiée à Paris, distincte à la fois du Leclerc et du MGCS. Parmi les pistes évoquées figure l’association d’une caisse allemande et d’une tourelle française ; aucune décision de ce type n’est toutefois établie dans les éléments disponibles.
Cette transition aurait un coût financier et pourrait retarder encore l’arrivée d’un successeur. Dominique Trinquand estime que l’échéance de 2040 pourrait glisser jusqu’à la fin des années 2040. Là encore, il s’agit d’une projection de l’ancien général, pas d’une date arrêtée.
Des situations industrielles différentes
La France a cessé de produire des chars Leclerc en 2008, tandis que l’Allemagne conserve une industrie de blindés active, notamment autour du Leopard 2. Dominique Trinquand voit dans cet écart une explication possible à la différence d’urgence entre les deux pays : Berlin dispose déjà d’une filière de production que Paris ne possède plus.
Les déclarations des ministres maintiennent donc le MGCS dans le champ de la coopération franco-allemande, mais elles ne règlent pas la question centrale : les deux pays construiront-ils un même char, ou limiteront-ils leur travail commun aux technologies qui l’accompagnent ? À ce stade, les équipes nationales étudient séparément leurs futurs blindés, tandis que les travaux communs se concentrent sur les capacités associées.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
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Auteur : leJDD



