Ecosia abandonne Mistral pour ses réponses générées par intelligence artificielle et dit s’appuyer désormais sur Melious, une plateforme européenne qui donne accès à plusieurs modèles à poids ouverts, dont des modèles chinois. Le changement, rapporté par Politico le 6 octobre 2026, relance le débat sur la qualité, le coût, l’empreinte carbone et la souveraineté des services d’IA. Les raisons avancées par Ecosia restent toutefois, pour l’essentiel, des déclarations de l’entreprise plutôt que des résultats évalués indépendamment.
Ce qui change pour l’IA d’Ecosia
Le changement concerne les réponses produites par IA, et non, d’après les éléments disponibles, l’ensemble du moteur de recherche ou ses résultats classiques. En mai 2026, Ecosia avait remplacé OpenAI par Mistral pour cette fonctionnalité. Son dirigeant, Christian Kroll, affirme aujourd’hui être déçu de la qualité et de la disponibilité du service de Mistral. Il estime aussi que le passage à Melious a réduit les coûts d’environ moitié. Ces appréciations et ce chiffre sont rapportés par Frandroid à partir de ses déclarations : aucun test comparatif indépendant ni détail de calcul n’est fourni pour les confirmer. (frandroid.com)
Melious sert d’intermédiaire technique : une interface permet d’envoyer des requêtes à différents modèles sans que l’entreprise cliente ait à gérer directement chaque infrastructure. La plateforme indique router les demandes vers des partenaires d’hébergement européens. Les modèles cités dans l’annonce comprennent Qwen, associé à Alibaba, GLM, associé à Z.ai, et Kimi, associé à Moonshot AI. Leur origine est donc chinoise, même si leur exécution est annoncée sur des infrastructures en Europe. (melious.ai)
Modèles ouverts, hébergement européen : deux notions distinctes
Un modèle « à poids ouverts » rend accessibles certains fichiers nécessaires à son exécution ou à son adaptation. Cette ouverture ne signifie pas automatiquement que toutes ses données d’entraînement, sa méthode de conception ou ses conditions d’utilisation sont publiques. De même, faire tourner un modèle chinois sur des serveurs européens peut limiter certains transferts de données hors d’Europe, mais ne change ni l’origine du modèle ni les choix faits par son éditeur.
Melious affirme que les requêtes restent dans l’Union européenne et que ses fournisseurs ne les utilisent pas pour entraîner les modèles. Il s’agit d’engagements de l’entreprise, pas d’une vérification indépendante présentée ici. L’entreprise liste plusieurs hébergeurs et indique répartir les requêtes entre eux ; le lieu précis et l’électricité utilisée pour chaque réponse peuvent donc compter dans l’évaluation environnementale. (melious.ai)
Le débat sur le climat ne se résume pas au nucléaire
Christian Kroll a aussi exprimé des réserves sur la place du nucléaire dans l’électricité française. Arthur Mensch, le dirigeant de Mistral, lui a répondu publiquement en contestant ce motif. Les chiffres disponibles éclairent le débat sans mer pour autant l’empreinte des requêtes d’Ecosia : RTE estime l’intensité carbone moyenne de la production électrique française à 19,6 gCO₂éq/kWh en 2025. L’Office fédéral allemand de l’environnement chiffre à 344 gCO₂/kWh les émissions moyennes liées à l’électricité consommée en Allemagne la même année. Les périmètres de calcul ne sont pas identiques, et ces moyennes nationales ne permettent pas de savoir quelle électricité alimentait les serveurs sollicités. (analysesetdonnees.rte-france.com)
En conséquence, les données ne démontrent pas que le changement vers Melious réduit les émissions. Pour le vérifier, il faudrait notamment connaître les centres de données utilisés au moment des requêtes, leur consommation et leur approvisionnement électrique. Le reproche de souveraineté mérite la même précision : hébergement européen et modèles d’origine européenne ne sont pas synonymes. Ecosia met en avant l’ouverture des poids et le contrôle de l’infrastructure ; Mistral souligne pour sa part que des modèles chinois peuvent aussi être hébergés sur ses propres services. Les deux approches ne répondent pas exactement aux mêmes critères.
Ce que les utilisateurs doivent retenir
Pour les utilisateurs d’Ecosia, ce changement peut modifier le modèle qui rédige certaines réponses, mais rien dans les informations disponibles ne permet d’affirmer que toutes les recherches passent par une IA. Il reste aussi à comparer les résultats, leur fiabilité et leur disponibilité dans des conditions identiques. Mistral a annoncé le 6 octobre la préversion publique de Large 4 ; l’entreprise indique que les poids du modèle doivent être publiés le 26 octobre. Cette annonce ne constitue pas, à elle seule, une comparaison indépendante avec les modèles retenus par Ecosia. (mistral.ai)
Enfin, la documentation d’aide d’Ecosia consultée, mise à jour le 2 octobre, mentionne encore Mistral comme prestataire de son IA. Cette page semble précéder le changement annoncé et ne suffit donc pas à confirmer ses modalités techniques actuelles. Pour juger la décision, il faudra attendre des informations plus détaillées sur les modèles effectivement utilisés, les garanties de traitement des données et l’empreinte énergétique mesurée.
Source : Frandroid
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