Radioactivité : le radon représente 55 % de la dose annuelle moyenne reçue par la population française
La population française métropolitaine reçoit en moyenne 7,1 millisieverts de rayonnements ionisants par an, selon le bilan publié le 28 septembre 2026 par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Le radon en représente la principale part, devant l’imagerie médicale. Mais l’exposition varie fortement selon le logement, l’altitude, les habitudes alimentaires et le recours aux examens médicaux. ()
Cette estimation porte sur la période 2020-2024. Elle dépasse de 2,6 mSv par an celle du précédent bilan, consacré à 2015-2019. L’ASNR explique en grande partie cette hausse par une réévaluation de la dose attribuée au radon, liée à l’actualisation de son coefficient de dose. ()
Le radon, première source d’exposition
Incolore et inodore, ce gaz provient de la désintégration de radionucléides présents dans le sol. Il peut s’accumuler dans les bâtiments, notamment lorsque les pièces sont mal ventilées. Les territoires où les sols sont riches en uranium et en granite — comme la Bretagne, le Massif central, la Corse et les Vosges — sont particulièrement concernés, de même que certaines vallées alpines et pyrénéennes.
Selon les estimations de l’ASNR rapportées par Émilie Massemin, le radon contribue à environ 55 % de la dose moyenne, soit 3,9 mSv par habitant et par an. Les expositions individuelles varient toutefois de 1,4 à 9,4 mSv par an. Une maison ancienne en pierre, avec une cave en terre battue et peu ventilée, peut favoriser l’accumulation du gaz.
Le radon est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme. Aérer le logement est recommandé, en particulier dans les zones à potentiel radon élevé. Si des mes dépassent le niveau de référence de 300 becquerels par mètre cube (Bq/m³), il faut en rechercher les causes. Au-delà de 1 000 Bq/m³, l’ASNR préconise de réduire l’exposition et, si possible, de réaliser des travaux correctifs.
Examens médicaux, altitude et alimentation
L’imagerie médicale arrive au deuxième rang des contributeurs à la dose moyenne, avec 1,6 mSv par habitant et par an. Les radiographies conventionnelles, notamment dentaires, sont les examens les plus fréquents. Les scanners contribuent davantage à la dose totale, suivis, dans une moindre me, par la médecine nucléaire. Les expositions varient beaucoup : certaines personnes ne reçoivent aucune dose liée à l’imagerie, tandis que d’autres en reçoivent davantage.
La présence d’une dose associée à un examen ne signifie pas qu’il faille renoncer à un acte médical. Pour la mammographie de dépistage, proposée tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans, l’ASNR rappelle que la décision repose sur un équilibre entre bénéfices et risques.
Les rayonnements cosmiques, venus de l’espace, constituent une autre source. Leur dose est estimée à 0,3 mSv par an au niveau de la mer et à 0,8 mSv au-delà de 2 000 mètres d’altitude. Les voyages en avion de longue durée augmentent également l’exposition. En montagne, la dose mesurée à Tignes, en Savoie, était de 0,82 mSv en 2024.
L’alimentation et le tabac représentent ensemble 9 % de la dose moyenne, soit 0,65 mSv par an. Certains coquillages et crustacés, qui peuvent concentrer du polonium 210, contribuent à cette exposition. Pour les plus grands consommateurs de produits de la mer — environ 50 kg par an — la dose associée peut atteindre 1,3 mSv par an.
Une contribution faible des installations nucléaires
Selon l’ASNR, la dose liée aux installations nucléaires de base est comprise entre 0,0001 et 0,01 mSv par an dans un rayon de 10 kilomètres. Autour d’un cyclotron, appareil utilisé notamment en médecine nucléaire et en radiothérapie, elle est estimée à 0,002 mSv par an dans un rayon d’un kilomètre.
Les retombées des essais nucléaires atmosphériques et de l’accident de Tchernobyl correspondent à une dose estimée à environ 0,005 mSv par an. Le bilan attribue 90 % de cette estimation aux essais et 10 % à Tchernobyl. Certaines zones de l’est de la France restent concernées par la présence de césium 137. Les personnes travaillant en extérieur sur des sols non remaniés peuvent recevoir une dose supplémentaire ; la consommation de gibier et de champignons sauvages peut aussi contribuer à l’exposition.
Un risque qui augmente avec la dose
Les données scientifiques disponibles ne permettent pas de fixer une dose en dessous de laquelle l’absence de risque serait certaine, selon l’épidémiologiste de l’ASNR Énora Cléro. Son analyse est que le risque de cancer potentiel à long terme diminue avec la dose, sans qu’un seuil d’innocuité puisse être établi pour les faibles expositions.
Le bilan rappelle aussi qu’une étude publiée en 2012 par l’Inserm et l’IRSN avait observé un excès de cas de leucémie chez des enfants de moins de 15 ans vivant à moins de cinq kilomètres d’une centrale nucléaire. Ce résultat est celui de l’étude citée dans le rapport ; il ne permet pas, à lui seul, d’affirmer une relation de cause à effet.
Pour établir son bilan, l’ASNR s’appuie sur la surveillance radiologique de l’environnement : plus de 8 000 prélèvements annuels dans l’air, l’eau, les sols, le milieu marin et les denrées, ainsi que plus de 50 000 mes du radon. L’autorité propose également un questionnaire en ligne pour estimer son exposition individuelle.
Source : Reporterre, le média de l'écologie – Indépendant et en accès libre (reporterre.net)
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Auteur : Émilie Massemin
