Le poulpe, nouvelle star des criées bretonnes
Abondant et facile à capturer, le poulpe est devenu très tendance dans certaines criées du Finistère. Après soixante ans d’absence, ce céphalopode à huit bras est désormais l’une des espèces les plus convoitées des pêcheurs bretons, se classant parmi les plus capturées dans certaines criées.
Kilian Chanoit, capitaine en second du Marc’h Mor, un caseyeur de 12 mètres, a embarqué à 03h00 du matin au port de Lampaul-Plouarzel. L’objectif était de relever près de 400 casiers au large de l’archipel de Molène. Malgré un retour de plusieurs pièges vides, certains contiennent jusqu’à quatre poulpes, attirés par un appât.
À 10H30, de retour au port, la pêche a été fructueuse, avec environ 550 kilos de poulpes capturés. Kilian souligne que cette pêche est relativement simple et peu coûteuse en gasoil, car les déplacements sont limités et l’équipage est réduit à trois personnes.
Le retour massif du céphalopode en 2021 avait suscité des inquiétudes chez certains pêcheurs, étant donné qu’il est un prédateur de homards, de crabes et de coquilles Saint-Jacques. Cependant, la pêche du poulpe as désormais un revenu confortable à plusieurs centaines de professionnels. « Les salaires qu’on fait au poulpe, on ne les ferait jamais avec du poisson. C’est impossible », affirme Kilian.
Au marché de Brest, le poulpe se vend en moyenne à 7,5 euros le kilo et est principalement exporté vers le Portugal, l’Espagne et l’Italie. Face à la forte demande, un système de licences a été instauré par le comité des pêches du Finistère pour réguler les captures et éviter les tensions entre professionnels.
En 2025, les captures de poulpe en France ont explosé, atteignant « sans doute plus de 4.000 tonnes », contre seulement 150 tonnes avant 2021, selon Martial Laurans, chercheur en halieutique à l’Ifremer. Certaines criées, comme celle de Roscoff, ont enregistré des hausses vertigineuses, avec +2.690% à 279 tonnes. Le céphalopode est devenu la première espèce vendue dans les criées de Brest, Audierne ou Concarneau.
Ce retour inattendu du poulpe est encore largement inexpliqué, mais les chercheurs soulignent que la réduction de l’effort de pêche pendant la crise sanitaire de 2020 et un déplacement vers des eaux plus fraîches pourraient être des facteurs explicatifs. Pour Martial Laurans, la question demeure quant à la pérennité de cette espèce en Bretagne, d’autant plus qu’elle joue un rôle économique crucial pour de nombreux pêcheurs.
Source : France 3 Régions.
