La gestation pour autrui en Chine : entre illégalité et nouvelles formes de parentalité
La gestation pour autrui (GPA) se développe en Chine, malgré son statut d’illégalité. L’anthropologue Renyou Hou analyse les tensions entre ces nouvelles formes de parentalité et les normes familiales traditionnelles.
Un développement clandestin
La pratique de la GPA en Chine est en pleine expansion, tant sur le territoire national qu’à l’international. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres officiels sur le nombre d’enfants nés par GPA, des sources sur le terrain estiment qu’il existe plus de 400 agences proposant ce service, avec une concentration particulièrement élevée à Guangzhou, où au moins la moitié d’entre elles seraient situées.
Malgré son interdiction, la GPA attire de nombreux couples, en particulier ceux issus de la communauté homosexuelle ou des couples hétérosexuels infertiles. Ces derniers, notamment ceux ayant perdu leur enfant unique ou pour qui la fécondation in vitro (FIV) n’est pas une solution viable, se tournent vers un marché clandestin. Les amendes imposées aux agences qui enfreignent la loi, souvent inférieures à 30 000 yuans (environ 4 000 euros), ne semblent pas dissuasives face aux coûts d’une GPA, qui peuvent atteindre entre 40 000 et plus de 100 000 euros.
Enjeux contradictoires autour de la natalité
La GPA cristallise des enjeux complexes pour l’État chinois. Après la politique de l’enfant unique (1979-2015), le gouvernement a évolué vers des incitations à la natalité. En 2016, la loi a été amendée pour permettre aux couples d’avoir deux enfants, suivie en 2021 par l’autorisation d’un troisième enfant. Toutefois, avec un indice de fécondité estimé à moins de 1,3 enfant par femme, la natalité reste en dessous du seuil de renouvellement des générations, généralement fixé à 2,1 enfants.
Les raisons de cette baisse incluent un âge de mariage de plus en plus tardif, des contraintes économiques et une augmentation de l’infertilité. Dans ce contexte, il est notable que les réglementations sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la GPA n’ont pas été mises à jour depuis 2001, rendant l’accès à la PMA difficile pour les femmes célibataires.
L’impact des normes traditionnelles
Pour les autorités, l’autorisation de la GPA et de la PMA pour tous remettrait en cause le lien traditionnel entre mariage hétérosexuel et filiation, ainsi que le principe de patrilinéarité. Dans la culture chinoise, la transmission du nom de famille et de l’héritage se fait par le père, et le mariage est considéré comme le seul moyen légal de fonder une famille.
Cependant, des changements commencent à émerger. La néolocalité, où les couples s’installent dans un foyer indépendant, se développe. Les pratiques de PMA chez les couples lesbiens et les femmes célibataires contribuent à redéfinir ces normes, permettant aux femmes de prendre l’initiative de la procréation sans dépendre des hommes.
Résistances et perceptions sociales
L’opinion publique en Chine est majoritairement en faveur de l’interdiction de la GPA, perçue comme un reflet des inégalités de classe et de genre. Son coût élevé la réserve aux classes moyennes et supérieures, tandis que les féministes dénoncent l’exploitation potentielle des femmes porteuses. De plus, les discussions médiatiques sur la GPA laissent souvent de côté la question des droits des personnes LGBT, qui vivent souvent leur sexualité de manière cachée, malgré des revendications croissantes dans les milieux urbains.
En conclusion, la GPA en Chine soulève des questions complexes sur la parentalité, la tradition et les droits individuels, dans un contexte où les évolutions sociales et législatives sont encore en cours.
Source : Renyou Hou, Le Journal CNRS