Mali : la crise actuelle est aussi un héritage français

Mali : La crise actuelle, un héritage français

Le 25 avril 2026, des attaques coordonnées ont été menées par une alliance entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), coalition touareg indépendantiste, dans plusieurs villes maliennes. Ces événements font planer la menace d’un effondrement total du pouvoir à Bamako. Le pays est plongé dans une crise sans précédent, marquée par des violences contre les civils et des déplacements forcés de population. La presse française évoque principalement « l’échec catastrophique des militaires putschistes au pouvoir à Bamako, qui ont financé des mercenaires russes et alimenté une dérive guerrière sanglante et sans issue » (Le Monde, 05/05/2026).

Cependant, cette analyse semble réductrice. Les autorités françaises, qui présentent leur retrait militaire en 2022 comme la fin d’un cycle vertueux, semblent ignorer les racines historiques de cette situation. La crise actuelle est, en partie, un héritage de la Françafrique. La politique d’ingérence française, ancrée dans l’histoire coloniale, a eu des conséquences délétères sur les fractures de la société malienne et les dynamiques du conflit.

Cette crise ne peut être considérée comme une catastrophe naturelle. Elle s’inscrit dans une longue histoire d’interventions impérialistes, souvent occultées par des discours paternalistes. Le président Macron a lui-même évoqué cette ingratitude lors d’une conférence, soulignant que « aucun d’entre eux [les gouvernants africains] ne serait aujourd’hui avec un pays souverain si l’armée française ne s’était pas déployée dans cette région. »

La fabrique de l’instabilité

Dès la colonisation, l’armée française a fragmenté le territoire et la société malienne, opposant les populations nomades touaregs du Nord aux populations du Sud. Ce « diviser pour mieux régner » a affaibli l’État central après l’indépendance et nourri la défiance envers celui-ci, socle des rébellions indépendantistes qui ont suivi.

Sous les opérations Serval (2013-2014) et Barkhane (2014-2022), la France a noué des alliances opportunistes avec des mouvements indépendantistes, avant de se tourner vers des milices. Ces choix ont eu des conséquences néfastes, exacerbant les rivalités locales et le trafic de drogues et d’armes. La crise malienne est également le résultat d’un ordre économique inique, néocolonial, marqué par l’accroissement de la dette et la corruption des élites.

L’effondrement de la Libye en 2011, conséquence d’une intervention militaire occidentale, a également facilité la circulation des armes et renforcé les groupes armés dans la région. L’élection présidentielle de 2013, organisée sous pression internationale, visait davantage à légitimer l’intervention militaire française qu’à établir un système politique stable.

Le tout militaire, ou la pérennisation du chaos

Durant une décennie, la France a mené une « guerre contre le terrorisme », en niant les enjeux locaux. Cette approche a renforcé le rôle des armées, entraînant une multiplication des coups d’État et des mes liberticides. La présence militaire française est présentée comme un moyen de protéger le territoire métropolitain face à des menaces djihadistes et migratoires.

Plus récemment, des informations ont circulé sur un soutien technique français apporté à des unités du renseignement militaire ukrainien, impliquant potentiellement des francophones passés par la Légion étrangère, pour soutenir les Touaregs du FLA. Cela soulève des questions sur le double jeu de Paris, qui pourrait favoriser indirectement les djihadistes tout en maintenant une approche sécuritaire.

Cette situation complexe révèle les conséquences d’une ingérence historique et d’une politique militaire qui n’a pas su répondre aux enjeux locaux, laissant le Mali dans un état de fragilité et d’instabilité persistante.

Source : Le Monde, 05/05/2026

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *