Cameroun : les femmes victimes de Boko Haram, oubliées par ceux qui prêchent la sécurité.
Le fait principal
La région de l’Extrême-Nord du Cameroun continue de souffrir des conséquences dévastatrices des exactions de Boko Haram, laissant derrière elle plus de 510 000 déplacés internes, dont une majorité de femmes et d’enfants. Leurs récits témoignent d’une lutte quotidienne pour la survie dans un contexte où l’intégration dans les communautés hôtes reste un défi majeur.
Ce qui s’est passé
A Kourgui, une localité proche de la frontière nigériane, Fana, mère de cinq enfants, raconte la nuit fatidique où son village de Ndélé a été attaqué. « Les hommes armés nous ont assaillis, ils ont tout pillé, tout saccagé, incendié les cases », se remémore-t-elle, le regard perdu dans le vide. Depuis cette nuit-là, il y a 11 ans, elle n’est jamais retournée chez elle. Aujourd’hui, elle survit en vendant du bois et de la pâte d’arachide, mais la précarité de sa situation est omniprésente.
Le contexte
Les femmes déplacées, comme Fana, se heurtent à de nombreux obstacles, notamment l’accès à la terre. Jodelle Kuenbou, d’une ONG locale, Relufa, souligne : « Les femmes déplacées n’ont déjà pas de moyens pour s’offrir un repas par jour, s’imaginer qu’elles auront les moyens pour louer la terre, c’est très difficile. » Certaines sont même contraintes de participer à l’économie de guerre, revendant des produits issus de l’extorsion par des groupes armés pour asr leur survie.
Les chiffres à retenir
Selon l’Office international des migrations, la région compte 510 000 déplacés internes, dont 50 % sont des femmes et des filles, d’après ONU Femmes. Ces statistiques révèlent l’ampleur de la crise humanitaire qui frappe cette région déjà vulnérable.
Ce que cela révèle
Le discours des autorités sur la sécurité et la réhabilitation des régions touchées par Boko Haram semble s’opposer à la réalité vécue par ces femmes. Alors que le gouvernement clame des avancées dans la lutte contre le terrorisme, les témoignages des déplacés montrent une tout autre facette : celle d’un quotidien marqué par la peur, la précarité et l’absence de perspectives d’avenir. La promesse d’un retour à la normale fait face à des chiffres alarmants et à des témoignages poignants, révélant une incohérence criante entre communication politique et réalité sur le terrain.
Ce qu’il faut retenir
La situation des femmes déplacées dans l’Extrême-Nord du Cameroun est un drame humain qui interpelle. Alors que les discours politiques se veulent rassurants, la réalité est bien plus sombre. La lutte pour la survie se poursuit, et les femmes portent le poids d’une crise dont elles sont à la fois victimes et actrices de leur propre résilience.
Sources : RFI, ONU Femmes, Office international des migrations.
