Île-de-France, 2025: plus de 3 500 accouchements sans hébergement — on appelle ça “protéger la famille” ?

Selon le Samu social, 2,3% des naissances en 2025 en Île-de-France concernent des femmes sans hébergement; pendant ce temps, des lieux comme la Maison des Fées colmatent les fissures.

En 2025, à Paris et en Île-de-France, plus de 3 500 femmes ont accouché sans avoir d’hébergement fixe. C’est écrit noir sur blanc: 2,3% des accouchements de l’année dans la région, d’après un rapport du Samu social publié fin mars. Le pays qui adore vanter la “mère et l’enfant” sous toutes les tribunes a donc inventé le parcours de naissance version jeu de piste: jusqu’à 40 changements d’hébergement pendant la grossesse, et en moyenne deux mois passés à la rue sur la période périnatale. Heureusement, dans le 17e arrondissement de Paris, la Maison des Fées existe — parce qu’à défaut de politique cohérente, on mise sur la magie.

Ce qui se passe réellement

Le rapport du Samu social sur les femmes sans domicile en situation de périnatalité documente une instabilité extrême: certaines ont dû changer jusqu’à 40 fois de lieu d’hébergement au cours de leur grossesse et ont passé en moyenne deux mois à la rue en période périnatale. Des hébergements d’urgence existent, comme la Maison des Fées, dans le 17e arrondissement de Paris. Dans cet immeuble biscornu, après une petite cour intérieure remplie de poussettes, on monte à l’appartement 11 au premier étage rencontrer Kadiatou, 22 ans. Elle a fui la Guinée après un mariage forcé avec un homme plus âgé et s’est installée ici un mois avant son accouchement. Elle raconte son désarroi à la découverte de sa grossesse, l’absence du père de l’enfant — à Bordeaux, lui aussi demandeur d’asile —, et le soulagement d’être “bien entourée” avec son bébé de quatre mois, dans un lieu qui offre intimité et sérénité.

Vingt jeunes mamans venues d’Afrique subsaharienne, quelques compagnons et une trentaine d’enfants habitent les studios de la Maison des Fées. Djenaba, dont la famille l’a chassée quand elle est tombée enceinte, a été abandonnée par le père de son enfant; lors de sa deuxième grossesse, elle s’est retrouvée jour et nuit dans la rue. L’exposition répétée à des comportements violents et à des traumatismes sans suivi médical — ni physique ni psychologique — rend les femmes très méfiantes. La travailleuse sociale Fanta Coulibaly explique que tout commence par la création d’un lien de confiance; une fois ce lien établi, les besoins se formulent et des réponses peuvent être proposées. Sur place, il y a des cours de français, des ateliers de socio-esthétisme et de droits des femmes. La directrice, Aurélie Tchiemmegne, insiste: c’est une vraie maison; on observe une différence physique au bout de quelques semaines, même si l’amélioration psychique demande plus de temps. D’où la présence d’une psychologue et d’une infirmière. En moyenne, les familles — comme Djenaba, Binta et Abdoul — restent deux ans, le temps de régulariser leur situation et d’entamer une nouvelle vie.

Pourquoi cela dérange

Parce que “périnatal” et “à la rue” ne devraient jamais cohabiter dans la même phrase. On prétend adorer la maternité, et on laisse des femmes accoucher sans hébergement. On parle de “stabilité” pour l’enfant, et on valide jusqu’à 40 adresses avant la première tétée. Puis on se félicite que des associations transforment un immeuble biscornu en havre, comme si le soin à la naissance relevait de l’artisanat de la débrouille.

Ce que cela implique concrètement

Des grossesses vécues dans l’instabilité et la peur; des traumatismes non suivis qui minent la confiance; des débuts de vie marqués par l’urgence. Et, en face, des équipes qui doivent d’abord recoller la confiance, puis seulement soigner et accompagner — cours de français, ateliers, droits, psychologue, infirmière — quand une “maison” parvient à exister.

Lecture satirique

Solution miracle au “logement”: déménager 40 fois avant la péridurale. Mesure phare de “protection de l’enfance”: deux mois de trottoir en moyenne autour de la naissance. Et pour le chapitre “politique familiale”, on sous-traite à la Maison des Fées — il fallait bien des fées, puisque les moyens ordinaires ont disparu. Moralité: on a la start-up nation, et la maternité en version pop-up.

À quoi s’attendre

Tant que l’instabilité décrite par le Samu social perdure, la demande pour des refuges comme la Maison des Fées restera forte. La priorité restera la même: transformer l’urgence en lien, puis le lien en soins — et espérer que, la prochaine fois, la naissance se fasse ailleurs qu’entre une adresse provisoire et une autre.

Sources

Source : www.rfi.fr

Visuel — Source : www.rfi.fr

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