Les familles des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées le long de la route des larmes, en Colombie-Britannique, se sont réunies cette semaine à Prince George pour marquer le 20e anniversaire du symposium qu’elles avaient organisé afin de réclamer des changements.
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La première rencontre, en 2006, avait rassemblé 500 personnes afin de sensibiliser le public à la crise qui sévissait sur les 724 kilomètres de la route 16, entre Prince George et Prince Rupert.
Par le passé, cette route a été le théâtre de nombreux cas de disparitions et d’assassinats de femmes et de jeunes filles autochtones.
La Gendarmerie royale du Canada a pris en charge 18 enquêtes liées à la route des larmes, 13 pour des meurtres et 5 pour des personnes disparues. Plusieurs regroupements considèrent toutefois que ce nombre est sous-estimé.

La route des larmes est un tronçon de la route 16 situé entre Prince Rupert et Prince George, dans le nord de la Colombie-Britannique.
Photo : Datawrapper
La plupart d’entre nous, les membres des Premières Nations à travers le Canada, avons été touchés par le meurtre ou la disparition d’un proche
, affirme Mary Teegee, la directrice générale des Services familiaux Carrier Sekani, l’organisme qui a organisé la conférence à propos des 20 ans du symposium.
Améliorer les services de transport
À la suite du symposium, en 2006, un rapport contenant 33 recommandations a été publié pour prévenir davantage de violence sur la route.
La première ciblait la mise en place d’un service de navettes entre les localités situées le long de la route 16. Elle avait pour but, entre autres, de décourager l’auto-stop.

Le rapport publié à la suite du symposium de 2006 contenait aussi plusieurs recommandations pour la GRC. Lors de l’événement commémoratif cette semaine, la GRC était présente et a participé à un panel intitulé « Ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné ».
Photo : Services familiaux Carrier Sekani
Il aura fallu plus de 10 ans pour qu’un service d’autobus public soit lancé, en 2017. Aujourd’hui, BC Bus North fait deux allers-retours par semaine entre Prince George et Prince Rupert, et couvre aussi les trajets entre Prince George et Fort St. John, Fort St. John et Fort Nelson, ainsi que Prince George et Valemount.
Bien que la mise en place du service d’autobus constitue une avancée positive, il subsiste des lacunes dans les services destinés aux habitants du Nord, estime Jacqueline Holler, professeure en études de genre à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique.
[Le service] est trop peu fréquent. Nous voyons donc encore trop de personnes faire de l’auto-stop ou recourir à des moyens de transport peu sûrs, comme accepter de monter dans la voiture de quelqu’un alors qu’elles ne se sentent pas vraiment en sécurité avec cette personne
, précise-t-elle.
La professeure ajoute que l’accès à des moyens de transport fiables peut aussi aider des victimes à quitter des relations ou des situations dangereuses.
Un porte-parole du ministère des Transports et du Transport en commun de la Colombie-Britannique a déclaré que le service BC Bus North avait été mis en place pour combler le vide laissé par Greyhound lorsque la compagnie s’est retirée du nord de la province, et qu’il reconnaissait que la rareté des départs et la longueur des trajets ne convenaient pas toujours aux usagers.
Même si l’organisation des transports en commun dans des régions vastes et isolées représente un défi, la sécurité, la dignité et l’accessibilité des passagers, en particulier des femmes et des filles autochtones, restent la priorité
, a déclaré le porte-parole.
Vers une meilleure couverture cellulaire
En 2024, l’installation de cinq tours cellulaires a été terminée sur la route, fournissant une couverture mobile à un tronçon de 166 km auparavant dépourvu de service.

Avec les cinq tours mises en service en 2024, la compagnie de télécommunications Rogers indique que 9 des 11 tours qu’elle prévoit construire sont désormais complétées.
Photo : Rogers
Il faut encore peaufiner la couverture mobile, l’extension du Wi-Fi haut débit dans toute la région
, ajoute Jacqueline Holler.
À travers la province, la Colombie-Britannique compte environ 15 000 km de routes principales et secondaires. En janvier 2026, 62 % d’entre elles bénéficient d’une couverture cellulaire.
Les routes du nord représentent généralement la majorité de celles où le service est restreint. Le Fonds d’extension du réseau cellulaire géré par la Fondation pour le développement du Nord fait partie des initiatives mises en place par la province.
De nouvelles menaces
Les femmes et les filles autochtones sont-elles aujourd’hui plus en sécurité le long de la route 16? Je ne pense pas. […] Je pense toutefois que le public est davantage sensibilisé à cette question
, répond Mary Teegee.
Dans les recherches qu’elle mène, Jacqueline Holler entend qu’il ne faut pas se limiter à la route, mais aussi prendre en compte les communautés de toute la région et leur développement.
Il existe également aujourd’hui des menaces qui n’étaient peut-être pas aussi importantes en 2006, telles que la drogue et les gangs. Et il faut s’attaquer à ces menaces
, renchérit-elle.
Dans un an, Jacqueline Holler et son équipe publieront un état de la situation par rapport aux 33 recommandations initiales, ainsi qu’un constat de la situation deux décennies plus tard.
Pour communiquer des informations à la GRC au sujet des femmes disparues ou assassinées le long de la route des larmes, vous pouvez appeler au 1–877–543-4822 ou 778–290-5291.
Avec des informations d’Edzi’u Loverin et Hanna Petersen
20 ans de promesses sur la route des larmes : un parcours semé d’embûches
Les familles des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées en Colombie-Britannique se réunissent pour commémorer deux décennies de luttes et de promesses non tenues.
Cette semaine, à Prince George, les familles des victimes de la route des larmes se sont réunies pour le 20e anniversaire d’un symposium qui, en 2006, avait rassemblé 500 personnes pour dénoncer une crise qui perdure. La route 16, entre Prince George et Prince Rupert, est tristement célèbre pour ses disparitions et assassinats de femmes et de jeunes filles autochtones. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a pris en charge 18 enquêtes, mais beaucoup estiment que ce chiffre est largement sous-estimé.
Ce qui se passe réellement
En 2006, un rapport contenant 33 recommandations a été publié pour prévenir la violence sur cette route. La première recommandation ? Mettre en place un service de navettes pour décourager l’auto-stop. Il aura fallu plus de 10 ans pour qu’un service d’autobus public, BC Bus North, soit enfin lancé en 2017. Actuellement, il ne fait que deux allers-retours par semaine. Un progrès, certes, mais qui laisse encore beaucoup à désirer.
Jacqueline Holler, professeure en études de genre, souligne que ce service est « trop peu fréquent », poussant encore trop de personnes à faire de l’auto-stop ou à accepter des transports peu sûrs. Pendant ce temps, un porte-parole du ministère des Transports se félicite de la mise en place de BC Bus North, tout en admettant que la rareté des départs ne convient pas toujours aux usagers. Une belle manière de dire que la sécurité des femmes et des filles autochtones est une priorité… mais pas tant que ça.
Pourquoi cela dérange
Il est difficile de ne pas rire jaune face à cette situation. On nous promet des solutions, mais on nous livre des demi-mesures. La GRC, qui a participé à un panel sur ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, semble plus préoccupée par son image que par la sécurité des femmes. En fin de compte, les promesses se heurtent à la réalité des chiffres et des vies brisées.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont tragiques. Les familles continuent de vivre dans l’angoisse, et les disparitions persistent. Les menaces évoluent, avec l’émergence de nouveaux dangers comme la drogue et les gangs, mais les solutions restent désespérément lentes à venir. Le rapport de 2024, qui devrait faire le point sur les 33 recommandations, pourrait bien être un autre exercice de communication sans impact réel.
Lecture satirique
Il est presque comique de voir comment les discours politiques se déconnectent de la réalité. On nous parle de sécurité, de dignité, mais sur le terrain, c’est une tout autre histoire. Les promesses de transports sûrs et accessibles semblent s’évaporer comme un mirage dans le désert. Pendant ce temps, les femmes et les filles autochtones continuent de vivre dans l’incertitude.
Effet miroir international
En observant cette situation, on ne peut s’empêcher de faire des parallèles avec d’autres pays où les droits des femmes sont également bafoués, comme aux États-Unis ou en Russie. Les discours de sécurité et de protection sont souvent utilisés pour justifier des politiques qui laissent les plus vulnérables à leur sort. Une ironie tragique qui traverse les frontières.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles se poursuivent, il est peu probable que la situation s’améliore rapidement. Les familles continueront de se battre pour la justice, mais sans un engagement réel des autorités, les promesses resteront lettre morte.



