Poitiers accueille Filmer le Travail 2026 : dix jours de cinéma et de recherche sur le travail collectif
Mise à jour le 2026-02-17 09:07:00 : Le festival Filmer le Travail revient du 20 février au 1er mars, explorant le thème du travail collectif.
Table Of Content
- Le travail collectif : un choix de thème qui n’est pas anodin
- Une ouverture qui relie le Poitou à une mémoire partagée
- La rétrospective : grèves, autogestion et cinéma partagé des années 60 aux années 80
- La compétition internationale : 13 films, un miroir du monde du travail d’aujourd’hui
- Recherche, littérature et débats : prolonger le cinéma au-delà de la salle
- Poitiers comme territoire festival : les lieux à connaître
- Le cinéma contre les statistiques : une affaire de regards
- Sources de l’article
Filmer le Travail revient du vendredi 20 février au dimanche 1er mars pour sa 17e édition — et avec elle, une ambition qu’on ne peut pas résumer en une accroche : regarder le travail en face, sans le réduire à des indicateurs ni l’enfermer dans un slogan, et laisser le cinéma faire ce qu’il sait faire quand il prend son temps.
Rendre visibles les gestes. Les peines. Les fiertés. Les contradictions. Tout ce que les chiffres effacent, et que l’image, elle, peut restituer.
Le travail collectif : un choix de thème qui n’est pas anodin
Cette année, le fil rouge de l’édition porte un nom qui sonne d’abord comme une évidence, mais qui devient vite une question politique : le travail collectif. Comment il se fabrique. Comment il tient. Et comment il se défait, aussi, quand les conditions ne s’y prêtent plus.
Le festival a été préparé dans un contexte d’incertitude budgétaire, avec des coupes annoncées dans de nombreux secteurs. Ce contexte n’est pas étranger au choix du thème. La direction artistique le dit sans détour : les collectifs de travail sont aujourd’hui fragilisés par des politiques d’austérité qui menacent les structures et leur continuité. Penser le collectif devient alors une urgence — non pas pour l’idéaliser, mais pour le comprendre, pour en mesurer la force autant que les limites.
Le collectif n’est pas un mot magique. Il se construit, il se discute, et il oblige à imaginer d’autres manières de faire.
Cette phrase pourrait servir de boussole à l’ensemble de l’édition. Les films retenus, les débats, les rencontres — tout est pensé pour éviter le manichéisme. Le collectif peut être une force de protection, un espace d’apprentissage, une arme face à l’isolement. Il peut aussi devenir un terrain de tensions, de dissensions, ou se rigidifier jusqu’à l’autoritaire. C’est dans ces zones grises que Filmer le Travail aime installer sa caméra.
Et d’ailleurs, le festival lui-même rappelle qu’il existe par une chaîne de coopération — partenaires, chercheurs, cinéastes, étudiants, bénévoles, équipe permanente. Une façon de ne pas seulement parler du collectif, mais de le pratiquer.
Une ouverture qui relie le Poitou à une mémoire partagée
Le festival s’ouvre le vendredi 20 février avec un vin d’honneur aux salons de l’Hôtel de Ville, avant le film d’ouverture au Tap Cinéma. Ce premier film — consacré aux gestes et aux chants du monde paysan du Poitou — n’a rien d’anecdotique. Il dit quelque chose d’essentiel sur ce que signifie « être collectif » : il ne s’agit pas seulement de l’entreprise ou de l’atelier. Le collectif vit aussi dans une communauté, dans des rituels, dans un patrimoine culturel, dans une manière d’habiter un territoire ensemble.
Quand le cinéma rouvre ces images, ce qui revient, ce n’est pas uniquement le passé. C’est une question très contemporaine : qu’est-ce qui fait tenir un groupe ? Et qu’est-ce qui le fragilise ?
La rétrospective : grèves, autogestion et cinéma partagé des années 60 aux années 80
Pensée avec l’historien du cinéma Federico Rossin, la rétrospective de cette édition promet une traversée large, des années 1960 aux années 1980, avec des films rares, parfois inédits en France, et une géographie qui dépasse largement nos frontières. On y croise des récits d’autogestion, des films construits avec les travailleurs et les travailleuses, des grèves devenues des repères historiques, et des œuvres qui racontent l’urgence de rester unis quand la réalité, elle, pousse à la dispersion.
Le programme met également en lumière des collectifs de cinéastes féministes, antiracistes, décoloniaux, ou issus de l’immigration, qui se sont formés dans les années 1970 et 1980 pour faire entendre des voix invisibilisées. Ici, le collectif ne se contente pas d’être un sujet filmé. Il devient une méthode, une esthétique, parfois une protection, parfois un manifeste. Et un rappel, aussi, que la fabrication d’un film est elle-même un travail.
La compétition internationale : 13 films, un miroir du monde du travail d’aujourd’hui
Grand temps fort de l’édition, la compétition internationale réunit treize films venus de plusieurs continents. Le programme dessine une mosaïque de situations de travail souvent précaires — corps qui s’épuisent, travailleurs du clic isolés, chaînes de sous-traitance qui cassent les liens — mais aussi de nouveaux collectifs qui émergent, dans l’artisanat, la danse, des lieux refuges, ou des formes de sororité.
Les formes cinématographiques sont délibérément libres : proches de la reconstitution, traversées par l’archive, hybrides. Comme pour rappeler qu’il n’y a pas une seule façon de raconter le travail.
Les prix soulignent eux aussi cette dimension collective. Parmi les jurys : un jury de lycéens et apprentis, et un jury de détenus du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne. Ce détail dit beaucoup sur l’ADN du festival : donner la possibilité de regarder et de débattre là où la parole sur le travail est souvent confisquée, ou réduite au commentaire rapide.
Recherche, littérature et débats : prolonger le cinéma au-delà de la salle
Filmer le Travail ne se vit pas seulement au moment de la projection. Le festival revendique un dialogue permanent avec la recherche — notamment avec des laboratoires de l’Université de Poitiers — à travers des rencontres qui mettent face à face cinéastes et chercheurs.
Les sujets abordés couvrent un champ large : luttes de travailleurs sans papiers, collectifs féministes et syndicaux, expériences d’autogestion, care, ubérisation du travail, érosion des solidarités dans les organisations. Chaque thème prolonge les films sans les expliquer — il s’agit davantage d’ouvrir des pistes que de donner des réponses.
Du côté littéraire, plusieurs rendez-vous jalonnent l’édition : café littéraire, arpentage, et une rencontre autour d’un roman inspiré d’une grève de femmes dans l’hôtellerie. La grève, la solidarité, l’organisation, la fatigue, les stratégies, la parole qui se partage : le collectif y apparaît comme une expérience concrète, avec ses coûts et ses victoires.
Poitiers comme territoire festival : les lieux à connaître
Le festival investit toute une carte de la ville. Le Tap Cinéma et le Cinéma Le Dietrich sont les deux pôles cinématographiques principaux. Autour d’eux gravitent la Médiathèque François Mitterrand, l’Espace Mendès France, Le Local, et d’autres points d’appui selon les jours.
Le QG du festival s’installe à L’Envers du Bocal, en plein centre-ville, avec des rendez-vous tout au long de la semaine et une soirée de clôture conviviale. À suivre aussi : Traversez la rue, le journal coanimé par des étudiants, qui fabrique une mémoire de l’édition au fil des jours — à la façon d’un cahier collectif tenu en direct.
- Vendredi 20 février — Vin d’honneur aux salons de l’Hôtel de Ville · Film d’ouverture au Tap Cinéma
- Du 20 au 28 février — Projections, débats, rétrospective, compétition internationale, rencontres chercheurs & auteurs
- Samedi 28 février — Remise des prix au Tap Cinéma · Buffet de clôture à l’Hôtel de Ville · Film de clôture
- Dimanche 1er mars — Rediffusion des films primés au Cinéma Le Dietrich

Le cinéma contre les statistiques : une affaire de regards
En filigrane, une idée revient souvent dans les textes qui entourent cette édition. Le travail tend à n’être pensé qu’à travers des normes abstraites et des indicateurs. Le cinéma, lui, ramène du visage, du temps, de la parole. C’est aussi ce que souligne le soutien de l’Organisation internationale du travail, en rappelant un principe fondateur.
Le travail n’est pas une marchandise — et le cinéma rend visible ce que les statistiques effacent.
C’est peut-être là l’ambition la plus nette de Filmer le Travail : ne pas laisser le dernier mot aux chiffres. Et rappeler que derrière chaque indicateur, il y a une vie, une fatigue, une fierté, une solidarité. Des gens qui tiennent ensemble — ou qui essaient.
Sources de l’article

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Date : 2026-02-17 09:07:00 — Site : www.aquitaineonline.com
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-02-17 09:07:00 — Slug : poitiers-accueille-filmer-le-travail-2026-dix-jours-de-cinema-et-de-recherche-sur-le-travail-collectif
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