Bordeaux s’apprête à devenir le centre d’un supercalculateur de 3 milliards d’euros
Mise à jour le 2026-02-10 16:52:00 : Bordeaux Métropole a validé le projet BXIA, un campus technologique révolutionnaire pour l’intelligence artificielle.
Table Of Content
- Une réponse française à la dépendance numérique américaine
- Un déploiement échelonné jusqu’en 2031
- Des retombées économiques attendues pour la région
- Un positionnement stratégique pour l’attractivité du territoire
- Des critiques sur les enjeux écologiques et démocratiques
- La bataille européenne de la souveraineté des données
- Les prochaines étapes réglementaires et administratives
- Sources de l’article
Alerte : Aucune confirmation indépendante n’a pu être obtenue à partir de sources fiables. Cette information est à considérer avec prudence.
En Nouvelle-Aquitaine, les élus de Bordeaux Métropole ont franchi le 30 janvier une étape décisive en validant le lancement des négociations autour de BXIA, un projet d’infrastructure numérique tenu « secret » pendant 2 ans et d’une ampleur sans précédent pour la région.
Baptisé du nom de Bordeaux IA, ce campus technologique conjugue un supercalculateur de dernière génération et un ensemble de centres de données spécifiquement conçus pour répondre aux besoins croissants de l’intelligence artificielle. L’investissement prévu atteint trois milliards d’euros sur une décennie, portés à 85% par des capitaux français et européens. Le choix du site ne relève pas du hasard.
Les 20 hectares actuellement occupés par le parking du Parc des expositions à Bordeaux-Lac offrent une position stratégique au nord de la métropole. Les porteurs du projet, le consortium formé par Nouvelles Fonctions Urbaines et Osae Partners, travaillent depuis plus d’un an et demi dans la discrétion à l’élaboration de cette infrastructure destinée à marquer le paysage numérique français.
La présentation officielle a eu lieu le 7 janvier devant les membres du Medef girondin, sous l’impulsion du maire de Bordeaux Pierre Hurmic et de la présidente de la Métropole Christine Bost. Les chiffres dévoilés impressionnent par leur démesure. La puissance électrique de raccordement atteindra 380 mégawatts, soit près de deux tiers de la consommation annuelle de la ville de Bordeaux. La capacité de calcul utile visée s’établit à 250 mégawatts, dont environ 80% seront dédiés aux applications d’intelligence artificielle. Benjamin Delaux, président de NFU Digital, défend la philosophie du projet en ces termes : plutôt que de céder cette puissance à un opérateur américain, autant créer un pôle numérique souverain sur le territoire français.
Une réponse française à la dépendance numérique américaine
La question de la souveraineté numérique constitue le fil rouge de l’initiative. En 2019, des études menées par le cabinet Oliver Wyman révélaient que 92% des données occidentales se trouvaient stockées aux États-Unis. Cette dépendance expose les entreprises et institutions européennes aux législations extraterritoriales comme le Cloud Act, qui permet aux autorités américaines d’accéder aux données hébergées par des sociétés américaines même lorsqu’elles se trouvent physiquement en Europe. BXIA entend proposer une alternative concrète en offrant une infrastructure où les données sensibles restent sous juridiction française et européenne.
Le projet s’inscrit dans une stratégie plus vaste qui vise à attirer des acteurs majeurs de l’écosystème technologique. Les promoteurs évoquent notamment Mistral AI, le champion français de l’intelligence artificielle générative, à qui Benjamin Delaux ouvre grand les portes du futur campus. Les grands industriels déjà présents localement comme ArianeGroup, Dassault, Safran ou Thales figurent également parmi les cibles privilégiées. Christine Bost souligne que ces entreprises des secteurs spatial et de défense ont besoin de protéger leurs données stratégiques. Le campus ambitionne de réunir dans un même lieu des capacités de calcul de pointe, des espaces de colocation pour entreprises et des structures dédiées à la formation et à la recherche.
Un déploiement échelonné jusqu’en 2031
Le calendrier du déploiement s’étale sur plusieurs années. Un premier bâtiment baptisé BX2 devrait entrer en service dès 2028, permettant l’hébergement de projets liés à l’intelligence artificielle. Ce jalon intermédiaire s’inscrit dans la continuité de BX1, un centre de données de 3000 mètres carrés installé à Bruges depuis 2021 et exploité par l’opérateur américain Equinix. Le désengagement de ce dernier sur la phase suivante a conduit à la création de BXIA sous la direction exclusive du consortium franco-français. À terme, le campus complet devrait comprendre cinq bâtiments, chacun représentant un investissement d’environ 500 millions d’euros. L’achèvement de l’ensemble est programmé aux alentours de 2031.
Au-delà de l’infrastructure physique, le projet inclut des dimensions techniques et logistiques considérables. L’acheminement de l’énergie nécessite des installations spécifiques capables de supporter une consommation équivalente à celle d’une ville moyenne. Le câblage électrique, les systèmes de refroidissement et les dispositifs de sécurité représentent une part substantielle de l’investissement total. Laurent Halimi, président d’Osae Partners, reconnaît un risque assumé d’obsolescence technologique mais juge la rentabilité projetée favorable sur le long terme. Les porteurs du projet disposent de deux ans de fonds propres pour acquérir le foncier et lancer les premières phases de construction. Des financements extérieurs devront ensuite être mobilisés pour mener à bien l’ensemble du programme.
Des retombées économiques attendues pour la région
Les retombées économiques attendues suscitent l’intérêt des autorités locales. Le projet pourrait générer entre 300 et 1000 emplois permanents selon les sources, attirant ingénieurs, chercheurs et techniciens spécialisés. Benjamin Delaux insiste sur l’effet d’entraînement que cette infrastructure pourrait exercer sur l’écosystème numérique régional. La présence d’un tel outil de calcul favoriserait l’implantation d’entreprises technologiques, de laboratoires de recherche et d’écoles spécialisées. Bordeaux rejoindrait ainsi le cercle restreint des métropoles européennes dotées d’infrastructures de calcul haute performance, aux côtés de villes comme Munich, Barcelone ou Stockholm.
Un positionnement stratégique pour l’attractivité du territoire
La dimension environnementale du projet fait l’objet d’une attention particulière, compte tenu de la consommation électrique prévue. Les promoteurs mettent en avant plusieurs engagements visant à limiter l’empreinte écologique. Le refroidissement des serveurs s’effectuera via un circuit d’eau fermé, réduisant ainsi les besoins en ressources hydriques. La chaleur résiduelle produite par les équipements informatiques sera récupérée pour alimenter les réseaux de chauffage urbain des quartiers environnants. Une partie du foncier actuellement bitumé fera l’objet d’une renaturation. Le projet bénéficiera également d’une connexion directe au câble transatlantique Amitié, opérationnel depuis 2023 et raccordé au littoral girondin.
Des critiques sur les enjeux écologiques et démocratiques
Ces promesses écologiques ne suffisent pas à faire taire les critiques. Le soutien apporté par Pierre Hurmic, maire écologiste de Bordeaux candidat à sa réélection, suscite la controverse au sein même de la gauche locale. Les représentants de La France Insoumise dénoncent une aberration démocratique et écologique, pointant la consommation électrique colossale de l’infrastructure et réclamant un moratoire sur le projet. Le vote du 30 janvier a donné lieu à des débats vifs tant sur le calendrier politique que sur l’opportunité d’un tel investissement à quelques semaines des élections municipales. Pierre Hurmic défend sa position en affirmant qu’on a besoin de souveraineté numérique et que ce genre d’outils se fera de toute façon, autant les accompagner avec exigence.
On a besoin de souveraineté numérique et ce genre d’outils se fera de toute façon, autant les accompagner avec exigence.
Le contexte français et européen rend le projet particulièrement stratégique. Dans un guide publié en novembre 2025, le ministère de l’Économie ne recensait que trois sites propices à l’accueil de centres de données en Nouvelle-Aquitaine, contre une quinzaine dans les Hauts-de-France. L’ADEME a publié début janvier un rapport alertant sur le triplement potentiel de la consommation électrique des centres de données en France d’ici quelques années. La France compte déjà environ 300 datacenters, principalement concentrés en Île-de-France, dans les Hauts-de-France et à Marseille. BXIA représenterait une redistribution géographique de ces capacités vers le sud-ouest atlantique.
La bataille européenne de la souveraineté des données
La bataille de la souveraineté numérique ne se limite pas aux frontières hexagonales. Amazon Web Services a lancé mi-janvier un service de cloud souverain et indépendant pour l’Union européenne, promettant le respect d’exigences strictes en matière de localisation des données. Cette offensive des géants américains renforce paradoxalement la pertinence d’initiatives locales comme BXIA. Julien Anselme, président du pôle de compétitivité ENTER qui rassemble entreprises, universités et collectivités du Sud-Ouest, souligne l’importance de disposer d’outils permettant un numérique plus responsable et maîtrisé.
Les prochaines étapes réglementaires et administratives
Avant toute concrétisation, le projet devra franchir plusieurs étapes réglementaires. Une évaluation environnementale complète sera menée, suivie d’une enquête publique permettant aux citoyens de s’exprimer sur l’opportunité et les modalités de cette implantation. Ces procédures conditionneront la délivrance des autorisations administratives nécessaires au lancement des travaux. La demande de raccordement auprès de RTE aurait déjà été effectuée selon certaines sources, anticipant les besoins colossaux en électricité de l’infrastructure.
Le projet BXIA cristallise les tensions contemporaines autour du développement numérique. Entre impératifs de souveraineté, ambitions économiques, contraintes environnementales et débats démocratiques, ce supercalculateur bordelais illustre les choix auxquels sont confrontées les métropoles européennes dans la course à l’intelligence artificielle. La suite de l’histoire s’écrira dans les prochains mois, au gré des négociations financières, des évaluations techniques et des consultations publiques.
Bordeaux pourrait bien devenir l’un des cerveaux numériques de l’Europe de demain.
Sources de l’article
- Bordeaux Métropole – Conseil métropolitain du 30 janvier
- Vidéo France 3 Nouvelle Aquitaine Projet de pôle IA à Bordeaux Lac : des centaines d’emplois et un data center XXL
- Vue spatiale du parc des expositions de Bordeaux : Source : Commune Mairie

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Date : 2026-02-10 16:52:00 — Site : www.aquitaineonline.com
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-02-10 16:52:00 — Slug : ce-projet-est-reste-confidentiel-pendant-deux-ans-mais-bordeaux-pourrait-devenir-le-centre-dun-des-plus-grands-supercalculateurs-de-france-a-3-milliards-deuros
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