Quand le regard amical devient une complaisance coupable
En 1976, deux documentaristes, Joris Ivens et Marceline Loridan, ont présenté une vision idéalisée de la Chine de Mao, un choix qui, aujourd’hui, semble plus que jamais problématique.
Dans une époque où les crimes du régime chinois sont mieux documentés, il est fascinant de voir comment certains esprits, tels que ceux d’Ivens et Loridan, ont pu se laisser séduire par un « regard amical » sur un système qui a causé des millions de morts. Cette complaisance, à l’époque, était-elle le reflet d’une naïveté ou d’une volonté délibérée de fermer les yeux sur la réalité ?
Ce qui se passe réellement
Li Xiannian, membre de l’Assemblée populaire nationale et président de la République populaire de Chine de 1983 à 1988, a serré la main de Joris Ivens en 1977, un geste qui, à l’époque, était perçu comme un symbole d’amitié. Pourtant, ce même régime était responsable de la famine et des répressions qui ont coûté la vie à des millions de Chinois. Les journalistes du « Nouvel Observateur » qualifiaient ce travail de « regard amical », mais avec le recul, il est difficile de ne pas voir cela comme une forme de propagande.
Pourquoi cela dérange
Ce qui dérange ici, c’est l’irresponsabilité de ces documentaristes qui, en cherchant à capturer l’essence d’un pays, ont en réalité contribué à masquer la brutalité d’un régime. En 1976, des voix comme celle de Simon Leys, sinologue belge, mettaient déjà en garde contre les atrocités du maoïsme. Ignorer ces avertissements, c’est choisir de se complaire dans une vision romantique, au détriment de la vérité.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette vision biaisée sont multiples. D’une part, elle a permis à un régime autoritaire de se présenter sous un jour favorable, renforçant ainsi sa légitimité sur la scène internationale. D’autre part, elle a aussi contribué à la désinformation du public occidental, qui a été amené à croire en un modèle chinois idyllique, alors que la réalité était bien plus sombre.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que ceux qui se présentent comme des défenseurs de la culture et des droits humains ont, par leur silence complice, contribué à la pérennisation d’un régime oppressif. Les promesses de liberté et de prospérité se sont transformées en un décalage flagrant entre la réalité et les discours politiques. Les documentaristes ont-ils vraiment cru que leur « regard amical » changerait quelque chose ?
Effet miroir international
Ce phénomène n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des politiques autoritaires, qu’elles soient en Russie ou aux États-Unis, continuent de bénéficier d’une certaine complaisance de la part de ceux qui préfèrent ignorer les réalités dérangeantes. La tendance à embellir la vérité au nom de l’amitié ou de la coopération est une dérive qui mérite d’être dénoncée.
À quoi s’attendre
Si cette tendance à la complaisance se poursuit, nous pouvons nous attendre à voir d’autres régimes autoritaires profiter de l’aveuglement des intellectuels et des artistes. La nécessité d’un regard critique et lucide n’a jamais été aussi pressante.

