Pourquoi les animaux voyagent-ils mieux que les Africains ?
Un voyage de 60 heures à travers l’Afrique révèle une réalité troublante : les frontières sont plus accessibles pour les animaux que pour les Africains eux-mêmes.
À un moment donné du voyage, entre l’épuisement et une réflexion paisible, je me suis surprise à me poser une simple question : pourquoi est-il plus facile pour les animaux de se déplacer à travers l’Afrique que pour les Africains eux-mêmes ? La plupart de mes amis m’avaient prévenue : « Prends l’avion pour Lusaka. C’est plus rapide, plus sûr, et il y a moins de problèmes. » Et ils avaient raison sur bien des points. Mais j’ai choisi la route, non pas par facilité, mais pour découvrir l’Afrique authentique, au ras du sol, là où se vivent les vraies histoires.
Ce qui se passe réellement
Avec l’équipe humaniste, nous avons quitté Arusha, en Tanzanie, un vendredi à 17 h. À notre arrivée à Lusaka, en Zambie, il était dimanche à 3 h du matin. Plus de 60 heures de route, bien plus que les 40 prévues. Ce voyage nous a fait traverser des pays, mais aussi développer notre patience, notre résilience et notre vision des choses.
La première étape nous a menés à Mbeya en autocar. Le bus s’est rempli à ras bord, et des passagers massaï sont montés à bord, vêtus de leurs tenues traditionnelles. Leur présence était saisissante, un rappel que la culture africaine s’affranchit souvent des frontières géographiques. Ce qui m’a le plus marquée, c’est leur résilience. Faute de places assises, on leur a donné des seaux pour s’asseoir pendant un voyage de près de 19 heures. Aucune plainte. Juste une acceptation silencieuse.
Puis vinrent les frontières. À la frontière entre Tunduma et Nakonde, la réalité des voyages en Afrique nous a rattrapés : retards, confusion, désinformation. Une entente qui semblait avantageuse à Mbeya s’est effondrée. Le bus que nous avions payé n’était pas celui à bord duquel nous sommes montés. L’heure de départ n’arrêtait pas de changer. Finalement, nous avons réalisé que nous avions été surfacturés.
Pourquoi cela dérange
Ce voyage n’était pas qu’une simple aventure. Il s’agissait de comprendre la réalité à laquelle sont confrontés de nombreuses personnes africaines lorsqu’elles se déplacent sur leur propre continent : les retards, l’exploitation, l’incertitude. Des systèmes qui rendent les déplacements plus difficiles qu’ils ne devraient l’être. Pourquoi se déplacer à l’intérieur de notre propre continent pouvait-il être si compliqué ?
Ce que cela implique concrètement
Les frontières, loin d’être des lignes sur une carte, sont des barrières qui limitent la liberté de mouvement. Lorsque la liberté de mouvement est restreinte, les opportunités se limitent. Et lorsque les opportunités sont limitées, le progrès ralentit. Ce voyage m’a appris que la résilience se trouve chez les gens ordinaires, mais cela ne devrait pas être le seul moyen de faire face à ces défis.
Lecture satirique
Ironiquement, les discours politiques vantent souvent l’unité et la solidarité africaine tout en maintenant des systèmes qui rendent les déplacements plus difficiles. Les promesses de liberté de mouvement sont souvent contredites par la réalité des frontières. Les gouvernements semblent plus préoccupés par le contrôle que par l’émancipation de leurs citoyens.
Effet miroir international
Ce phénomène n’est pas unique à l’Afrique. Dans d’autres régions du monde, comme aux États-Unis ou en Russie, les politiques d’immigration et de contrôle des frontières montrent une tendance similaire : des discours sur la liberté et la sécurité qui se heurtent à la réalité d’un contrôle excessif. Les frontières deviennent des symboles de division, non seulement géographiques, mais aussi culturels et humains.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles se poursuivent, nous pouvons nous attendre à une augmentation des restrictions de mouvement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières africaines. Cela pourrait exacerber les inégalités et freiner le développement. Mais peut-être qu’un jour, nous réaliserons que l’Afrique n’est pas divisée par des frontières, mais unie par ses peuples.

