Pam Bondi : La loyauté aveugle n’a pas suffi
Pam Bondi, procureur général au service de Donald Trump, a fait de la politisation de la justice une spécialité. Pourtant, même sa servilité n’a pas suffi à la préserver de la disgrâce.
Jamais un procureur général n’était allé aussi loin pour politiser la justice fédérale que Pam Bondi. Jamais dans l’ère moderne un président américain n’avait eu à sa portée un département de la Justice aussi soumis à ses volontés politiques. Mais même « ça » n’était pas assez pour Donald Trump.
Ce qui se passe réellement
Le bilan de Pam Bondi, en seulement 14 mois, est lourd. Son passage à la tête du département de la Justice a été marqué par des décisions controversées et des actions qui frôlent l’illégalité :
- Congédiement de 230 procureurs liés à des dossiers contre Donald Trump. Démission de 6000 employés qui refusaient d’obéir à des ordres illégaux – sur 115 000 employés, dont 10 000 avocats.
- Dépôt d’accusations contre des ennemis politiques de Donald Trump, malgré l’insuffisance de preuve et à la suite de pressions du président.
- Démantèlement de l’unité anticorruption et de la division des droits civiques.
- Retrait des accusations de corruption contre Eric Adams, alors maire de New York, qui promettait de collaborer avec la police de l’immigration.
Pam Bondi n’a pratiquement jamais dit non à Donald Trump. C’est pourtant le devoir d’un procureur général : rappeler où est tracée la ligne au-delà de laquelle l’action du gouvernement ou du président est hors la loi. Cela a valu à son bureau plusieurs humiliations devant les tribunaux. Les accusations contre l’ancien directeur du FBI James Comey et la procureure générale de l’État de New York ont été rejetées sans même qu’on se rende au procès.
Pourquoi cela dérange
Les illégalités et cette politisation de la justice, loin de motiver son renvoi, sont ce qui a permis à Pam Bondi de demeurer en poste si longtemps. Pourquoi donc Donald Trump a-t-il décidé de la limoger ? On avance sa gestion erratique du dossier Epstein, qui continue d’embêter le président. Mais aussi le fait que malgré tout ce qu’elle a fait, Trump trouve qu’elle n’a pas « livré » suffisamment d’accusations contre ses ennemis.
Ce que cela implique concrètement
Pam Bondi, bien que qualifiée, a été un pion dans le jeu de Trump. Son parcours, de procureure générale de Floride à avocate du président lors de ses procès en destitution, témoigne d’une loyauté sans faille. Pourtant, cette loyauté n’a pas suffi à la protéger. En effet, la majorité républicaine au Sénat est mince, et la grogne commence à se faire entendre. Trump ne peut pas compter sur l’appui automatique de 100 % de « ses » sénateurs.
Lecture satirique
Ironiquement, la loyauté aveugle de Bondi n’a pas été récompensée. Alors que d’autres, comme Jeff Sessions ou Bill Barr, ont été écartés pour avoir osé dire « non, monsieur le président, c’est illégal », Pam Bondi a joué le jeu. Elle a passé des heures à la télévision à répandre le mensonge de la fraude électorale, mais cela ne lui a pas valu la protection espérée.
Effet miroir international
Cette situation rappelle les dérives autoritaires observées dans d’autres pays, où la loyauté envers un leader peut mener à des conséquences désastreuses. Les exemples de politisation de la justice en Russie ou en Hongrie ne sont pas si éloignés.
À quoi s’attendre
La présidence Trump n’est pas éternelle. Si elle s’enfonce encore davantage dans la corruption à ciel ouvert, ceux qui ont contribué activement pourraient devoir rendre des comptes. Si la Chambre des représentants redevient démocrate, ce qui est probable, les prochaines années pourraient être particulièrement houleuses. Le « jour du châtiment » promis par Donald Trump ne sera peut-être pas celui de ses fantasmes.

