OcéaNice : Le Hangar qui Fâche l'UNESCO et les Niçois

Cédric Balcon-Hermand
04.04.2026

OcéaNice : Le Hangar qui Fâche l’UNESCO et les Niçois

Un bâtiment préfabriqué sur le port de Nice menace le patrimoine mondial, mais les promesses politiques s’évanouissent comme un mirage.

Il fait polémique depuis sa construction. OcéaNice, un ensemble de deux bâtiments préfabriqués et modulables, construits à la hâte sur le port afin d’accueillir le Sommet mondial des océans de l’ONU l’été dernier, ne plaît pas du tout à l’UNESCO qui avait inscrit Nice (Alpes-Maritimes) au patrimoine mondial il y a près de cinq ans. L’organisation des Nations Unies a en effet envoyé, le 5 juin 2025, un courrier pour le moins agacé à l’ancienne municipalité Estrosi (Horizons), ont révélé nos confrères de « Nice-Matin ».

Ce qui se passe réellement

Dans cette lettre tenue secrète jusqu’à ce week-end, l’UNESCO indique que le « bâtiment porte une atteinte réelle à la valeur universelle exceptionnelle du bien ». En d’autres termes, l’esthétisme de ce site n’est pas du tout en adéquation avec la charte du classement au patrimoine mondial de l’Humanité, qui pourrait, au pire, être totalement remis en cause si rien n’était engagé pour régler la situation.

Un « hangar Lidl ou Amazon », une « horreur qui gâche la perspective »

Une chose est certaine, l’édification de ce palais des congrès, des parallélépipèdes avec des façades en bois impersonnelles aux grandes vitrées, pas vraiment raccord avec l’architecture alentour au cœur d’un site exceptionnel, a été acceptée par l’UNESCO uniquement pour accueillir la manifestation avec les chefs d’État du 9 au 13 juin dernier. À l’issue de l’événement, tout devait disparaître du paysage. Or, Christian Estrosi ne l’entendait visiblement pas de cette oreille puisqu’il avait décidé de maintenir en vie OcéaNice au moins trois ans de plus. Il souhaitait également l’utiliser comme centre de presse pour les futurs JO 2030 organisés dans les Alpes françaises. Et ce d’autant plus que la commune n’avait plus vraiment de structure de ce genre après avoir démoli, en 2024, le Palais Acropolis à quelques kilomètres de là.

Pourquoi cela dérange

Mais depuis, les choses ont changé. Le maire sortant a été battu par son rival Éric Ciotti (UDR) qui, durant la campagne électorale, a maintes fois dénoncé l’existence de ce palais des congrès à 23 millions d’euros. Il l’a même qualifié de « hangar Lidl ou Amazon », « d’horreur et qui gâche la perspective » sans jamais cacher son intention de le démolir. Ce qui pourrait plaire à l’UNESCO. Toujours selon nos confrères de « Nice-Matin », le directeur de la mission « Nice patrimoine mondial » a en effet adressé une nouvelle lettre, le 27 mars dernier, indiquant que cet organisme allait envoyer une mission de conseil sur place afin de « préciser le calendrier du démantèlement du bâtiment » et « formuler des recommandations pour le réaménagement post-démantèlement de cet espace situé à l’intérieur du périmètre inscrit ».

Ce que cela implique concrètement

Comme si cela ne suffisait pas, OcéaNice, érigé sur le port, à quelques pas de la colline du château et du splendide quai des États-Unis, souffre aussi d’un autre mal : son toit serait 50 à 70 cm trop haut par rapport au permis de construire, lui reprochent ses détracteurs. Son avenir semble donc tout tracé, sans doute prochainement, à coups de pelleteuses. Pour l’heure, le calendrier n’est pas connu. Il sera néanmoins remplacé, a promis Éric Ciotti lors d’une interview à BFM Nice Côte d’Azur : « Ce lieu est magnifique, il faut qu’il y ait une salle pérenne au même endroit avec une hauteur qui ne dépasse pas la jetée du port. Nous allons étudier ça. Il y aura un coût mais ce lieu peut faire une salle comparable à celles des Étoiles à Monaco, une salle de prestige qui peut accueillir des congrès. »

Lecture satirique

Ah, la promesse d’une salle de prestige à Nice ! Un rêve qui s’effrite comme le béton de ce « hangar » tant décrié. Les discours politiques oscillent entre promesses grandioses et réalités désenchantées. Les Niçois, eux, doivent se contenter d’un bâtiment qui, selon les mots de Ciotti, ne fait pas honneur à leur patrimoine. Une belle ironie, n’est-ce pas ?

Effet miroir international

En parallèle, cette situation rappelle les dérives autoritaires ailleurs dans le monde, où les décisions politiques sont souvent prises sans tenir compte des conséquences sur le patrimoine culturel. Comme quoi, le mépris pour l’esthétique et l’histoire n’est pas l’apanage d’un seul pays.

À quoi s’attendre

Avec l’UNESCO sur le dos et un nouveau maire déterminé à faire disparaître OcéaNice, il est probable que les pelleteuses ne tardent pas à faire leur apparition. Reste à voir si la promesse d’une salle de congrès de prestige se concrétisera ou si elle ne sera qu’une nouvelle chimère.

Sources

Source : www.leparisien.fr

Visuel — Source : www.leparisien.fr
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