L’Irlande : Une Marine à Sec, entre Fierté et Amertume

Cédric Balcon-Hermand
05.04.2026

L’Irlande : Une Marine à Sec, entre Fierté et Amertume

Cobh, un port irlandais, abrite une marine qui ne fait plus que flotter, tandis que le monde observe, amusé et inquiet.

À Cobh, dans le sud de l’Irlande, la promenade au bord de l’eau offre une vue imprenable sur l’île Haulbowline, siège principal de l’Irish Naval Service, la marine irlandaise. En cette fin de février, sous des nuages de pluie filant à l’horizon, des vedettes noir et blanc font d’incessants allers-retours pour acheminer le personnel militaire. « On devine une tour Martello, construite par les Britanniques pour prévenir le risque d’invasion napoléonienne. Et l’on aperçoit les mâts de quatre de nos patrouilleurs », commente Caoimhin Mac Unfraidh, en montrant l’île.

Ce qui se passe réellement

Cet officier de marine a commandé le LE Eithne, un porte-hélicoptères de la flotte irlandaise décommissionné fin 2022 après trente-huit ans de service. À la retraite depuis 2023, ce quinquagénaire observe l’île Haulbowline depuis le rivage, partagé entre fierté et amertume. « Mon parcours personnel s’inscrit dans un contexte plus large : j’ai quitté la marine après avoir presque atteint le plus haut grade, faute de perspectives dans une flotte si réduite. Le nombre de navires diminuait sans qu’il soit prévu de les remplacer », confie-t-il.

« La marine aligne huit navires, dont trois ou quatre seulement sont opérationnels : des patrouilleurs, dépourvus de capacité de surveillance sous-marine et de défense aérienne », résume le vice-amiral Mark Mellett, qui fut le chef d’état-major des forces armées irlandaises, les Irish Defence Forces, jusqu’en 2021. À cela s’ajoutent deux avions de patrouille maritime et moins de 900 membres du personnel actif. Des moyens bien maigres pour un pays-île doté d’une zone économique exclusive (ZEE) de 450 000 kilomètres carrés dans l’Atlantique Nord, et chargé de protéger des intérêts économiques nationaux et internationaux majeurs, sur terre comme en mer.

Pourquoi cela dérange

La situation de la marine irlandaise est un parfait exemple d’incohérence politique. D’un côté, on proclame la nécessité de protéger les eaux irlandaises, de l’autre, on laisse la flotte se réduire comme peau de chagrin. Les promesses de renforcement des capacités navales semblent aussi solides qu’un navire en papier. Qui aurait cru qu’un pays insulaire se retrouverait avec une flotte aussi réduite qu’un canot de sauvetage ?

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont directes : une marine qui ne peut pas assurer la sécurité de ses eaux, laissant les intérêts économiques du pays vulnérables. Que se passerait-il si un navire de pêche étranger décidait de faire un tour dans ces eaux ? Peut-être que les patrouilleurs irlandais seraient trop occupés à faire des allers-retours pour le personnel militaire pour s’en préoccuper.

Lecture satirique

Les discours politiques sur la défense nationale semblent déconnectés de la réalité. À l’heure où les tensions internationales montent, l’Irlande se retrouve à jouer à cache-cache avec ses propres capacités militaires. Promettre une défense robuste tout en réduisant la flotte à une poignée de patrouilleurs, c’est un peu comme promettre un banquet tout en servant des amuse-bouches. La contradiction est aussi évidente qu’un phare dans la nuit.

Effet miroir international

À l’échelle mondiale, cette situation rappelle les dérives autoritaires où les discours de sécurité nationale masquent des lacunes criantes. Les États-Unis, avec leur militarisation à outrance, et la Russie, avec ses démonstrations de force, semblent jouer dans une autre cour. Pendant ce temps, l’Irlande, avec sa flotte en déroute, observe, espérant que la tempête ne viendra pas frapper à sa porte.

À quoi s’attendre

À l’avenir, si rien ne change, l’Irlande pourrait bien se retrouver à la traîne, incapable de défendre ses intérêts maritimes. Les promesses de renforcement des capacités navales pourraient rester des vœux pieux, laissant le pays vulnérable face à des menaces extérieures.

Sources

Source : www.lemonde.fr

Visuel — Source : www.lemonde.fr
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