L’engouement pour le Canadien de Montréal grossit chaque fois que la jeune organisation franchit un tour éliminatoire. La plupart des partisans qui souhaitent voir leur équipe au Centre Bell devront toutefois se tourner vers le marché de la revente, où les prix explosent. À cela s’ajoutent des frais de service qui atteignent eux aussi des sommets. Le Devoir fait le point.
Qu’est-ce qui est inclus dans le prix d’un billet ?
Le prix d’un billet de spectacle est généralement composé d’une valeur nominale — une somme fixée par les artistes, les équipes sportives et les promoteurs — et de frais de service perçus par la salle et la billetterie, explique l’entreprise Ticketmaster, le vendeur officiel des billets du Canadien de Montréal.
À cela s’ajoutent les taxes de vente et, dans certains cas, des frais pour le traitement de la commande, des frais de livraison et des redevances de salle.
Dans le cas d’un billet en revente, c’est le revendeur qui détermine le prix de vente. « Souvent, le prix de revente dépasse la valeur nominale initiale fixée par l’artiste ou l’équipe », reconnaît Ticketmaster. Des frais de service s’appliquent aussi aux billets de revente.
À quoi servent les frais de service ?
« Les frais de service sont répartis entre les différentes parties impliquées dans l’organisation de l’événement », indique Ticketmaster sur son site Web au moment où l’on finalise un achat.
Du côté des salles, ces frais sont utilisés pour payer le personnel et les dépenses liées à l’exploitation de l’immeuble, par exemple. Du côté de la billetterie, les frais de service servent notamment à payer l’infrastructure informatique et les employés.
« Certaines entreprises peuvent être très imaginatives pour inventer différentes surcharges quand on fait un achat », constate Alexandre Plourde, avocat et analyste chez Option consommateurs.
Comment sont calculés les frais de service ?
Ils peuvent représenter un pourcentage de la valeur du billet, une somme fixe, ou une combinaison des deux. Ces frais dépendent des contrats conclus entre les salles et les billetteries, a expliqué Ticketmaster dans un communiqué de presse paru en avril 2024, dans lequel l’entreprise se défendait d’être responsable du prix élevé des billets.
« Quel que soit le contrat, c’est la salle qui perçoit la majeure partie des frais de service, et non Ticketmaster ou toute autre société de billetterie », écrivait-elle, précisant que « la salle perçoit normalement environ deux tiers des frais de service ».
Les prix élevés des billets sont souvent accompagnés de frais de service tout aussi élevés. Vendredi après-midi, le billet individuel le moins cher pour le match de lundi au Centre Bell était disponible en revente sur le site de Ticketmaster pour la somme de 605,71 $. Ce prix se décompose en une valeur nominale de 509 $ et des frais de service de 96,71 $. Ainsi, les frais représentaient 19 % de la valeur nominale du billet en revente et presque la moitié du prix du billet original, qui était de 212 $.
Est-ce qu’il y a une limite aux frais qui peuvent être imposés ?
Les commerçants « peuvent charger les prix qu’ils veulent en fonction de l’offre et la demande », note Alexandre Plourde. Cependant, la Loi sur la protection du consommateur (LPC) stipule qu’un acheteur peut demander l’annulation d’un contrat si le prix payé est tellement disproportionné qu’il « équivaut à de l’exploitation ». « Maintenant, il faudrait évaluer ce qui est disproportionné », dit Me Plourde.
L’avocat rappelle que Ticketmaster fait l’objet d’une action collective pour l’imposition de « frais excessifs, déraisonnables, abusifs ou disproportionnés » sur la vente de billets de spectacle. L’action a été approuvée par la Cour supérieure du Québec l’hiver dernier.
Quelles règles entourent l’affichage des prix ?
L’Office de la protection du consommateur (OPC) est clair : le prix annoncé doit inclure toutes les sommes que le consommateur devra payer pour acheter un billet. « Ce qui est important, c’est que ce frais-là, s’il est obligatoire […], doit être indiqué dans le prix total qui est annoncé dès le départ au consommateur », souligne Me Plourde. Seules les taxes peuvent être ajoutées uniquement au moment du paiement.
Et si un vendeur peut décortiquer les éléments qui composent le prix annoncé, « le prix tout inclus doit être mis davantage en évidence que les sommes qui le composent », précise l’OPC.
Et la revente, c’est légal ?
Au Québec, la revente de billets de spectacle est encadrée par la LPC, qui interdit de revendre un billet à un prix supérieur à celui annoncé par le producteur du spectacle, à moins d’avoir obtenu son autorisation.
Dans le cas du CH, les deux seuls sites de revente autorisés sont canadiens.com et ticketmaster.ca. Pourtant, de nombreux billets sont en revente sur des sites comme billets.ca, qui inonde d’ailleurs les téléspectateurs de publicités pendant les matchs. Pour éviter les mauvaises surprises, « mon conseil, c’est de toujours acheter sur les plateformes autorisées », dit Alexandre Plourde.
Option consommateurs a déposé en octobre 2023 une demande d’action collective contre billets.ca et 514-Billets.com, rappelle l’analyste. L’organisme soutient que ces sites ne sont pas autorisés à vendre des billets à des prix supérieurs à ceux des vendeurs autorisés, « en plus d’induire les consommateurs en erreur en ne mentionnant pas clairement que les billets qui sont en vente sur leurs plateformes sont des billets en revente », explique Me Plourde.









