Opinions et idées: comment les frontières de ce qui est acceptable ou intolérable se déplacent-elles dans notre société?

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Aux États-Unis, les raids de l’ICE – la police fédérale de l’immigration – et les promesses de déportations massives de Donald Trump se sont concrétisées. Son administration a capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et menace désormais Cuba. En Europe, certains politiciens souverainistes affirment que la loi nationale doit primer sur les traités. Ce qui frappe n’est pas seulement la radicalité de ces paroles ou de ces actions, mais le fait qu’elles suscitent de moins en moins de surprise : à peine le temps d’un scroll ou d’un zappage de chaîne.

Qu’il s’agisse de politique, de société ou de valeurs culturelles, des idées autrefois impensables entrent désormais dans le débat public. Elles deviennent discutables, tolérables, parfois banales, même si elles continuent de diviser. Ce déplacement progressif des frontières de l’acceptable mérite d’être analysé.

La psychologie sociale montre que ce que nous jugeons « acceptable » n’est ni naturel ni stable. Cela se construit collectivement, au fil des interactions et des discours. Des normes sociales, des règles implicites partagées, définissent ce qui est valorisé, toléré ou sanctionné. Ces normes évoluent lorsque des idées ou des comportements sont répétés et validés publiquement.

Des travaux récents en science politique indiquent que la montée de l’extrême droite ne résulte pas d’une radicalisation soudaine des électeurs, mais d’une érosion progressive des normes sociales qui freinaient l’expression publique de ces idées. Lorsque le stigmate social diminue, des préférences jusque-là latentes peuvent s’exprimer plus librement.

La normalisation est accélérée lorsque des figures d’autorité s’en font les relais. Les médias jouent également un rôle crucial en accordant une visibilité répétée à certaines idées, même marginales au départ, contribuant ainsi à les installer durablement dans le débat public. Par exemple, la criminalisation des mouvements écologistes en France a été renforcée par des discours politiques et leur forte médiatisation.

Cependant, l’élargissement du champ de l’acceptable n’est ni automatique ni irréversible. Des mécanismes de résistance existent, et des moments de rupture apparaissent souvent lorsque des acteurs légitimes nomment explicitement le basculement en cours. Par conséquent, le déplacement des frontières du tolérable n’est pas un processus à sens unique et peut être contesté lorsque des repères moraux partagés sont réactivés.

Source : The Conversation.

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