Léon XIV : pourquoi le pape se rend à Acerra, dans le « triangle de la mort » italien

Léon XIV en visite à Acerra : un symbole fort face à une crise environnementale

Ce samedi 23 mai, Léon XIV se rend à Acerra, une ville du sud de l’Italie, au cœur d’un scandale environnemental et sanitaire. Cette visite revêt une importance particulière, initialement prévue par le pape François pour célébrer les cinq ans de l’encyclique Laudato si’, mais annulée en raison de la pandémie de Covid-19.

Acerra, qui compte plus de 58 000 habitants, est située dans la région connue sous le nom de « Terre des feux ». Ce territoire, dans l’arrière-pays napolitain, a acquis ce nom en raison des incendies fréquents dans les nombreuses décharges illégales qui l’entourent. La ville se trouve à l’une des pointes du tristement célèbre « triangle de la mort », où les taux de cancers, de malformations congénitales et de maladies respiratoires et cardiaques dépassent largement la moyenne régionale.

Les racines de ce désastre remontent aux années 1980, lorsque la Camorra, l’une des principales organisations mafieuses d’Italie, a pris le contrôle de la gestion des déchets dans la région de Naples. En utilisant des sociétés écrans, ce réseau a éliminé toute concurrence en proposant des tarifs dérisoires. Une étude publiée en 2025 indique que « 800 tonnes de terre contaminée sont traitées pour 25 centimes par kilo – une économie de 80 % par rapport au prix du marché ».

La Camorra ne recule devant rien pour maximiser ses profits, déversant des produits toxiques, des boues industrielles, des plastiques, des métaux et même de l’amiante, polluant ainsi les sols et les nappes phréatiques. La négligence de l’État et l’absence d’infrastructures renforcent la mainmise de la mafia sur ce secteur.

En dépit des efforts de l’État italien pour reprendre le contrôle, les résultats sont mitigés. Un cadre juridique existe pour combattre l’écomafia, mais les sanctions restent peu sévères et les contrôles quasiment inexistants. Les bénéfices de la Camorra peuvent atteindre des niveaux comparables à ceux du trafic de drogues, selon l’Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur.

La situation sanitaire est alarmante. Les autorités sanitaires italiennes ont reconnu en 2021 l’impact de cette pollution sur la santé humaine, notant une surreprésentation des cas de cancers chez les enfants dans les municipalités de la Terre des feux. À Acerra, les cas de cancer du foie et des testicules sont 30 à 40 % plus fréquents qu’au centre de Naples.

La crise des déchets toxiques en Campanie a également des répercussions économiques, avec une chute des exportations alimentaires et une perte d’emplois significative dans le secteur agricole. En 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour son inaction et lui a donné deux ans pour agir. Cependant, les fonds alloués à la dépollution sont limités à 2,5 milliards d’euros sur dix ans, insuffisants pour résoudre le problème.

La visite de Léon XIV à Acerra met en lumière une crise environnementale persistante qui nécessite une attention urgente et des actions concrètes.

Source : La Croix

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