{"id":1394,"date":"2026-05-24T03:51:24","date_gmt":"2026-05-24T03:51:24","guid":{"rendered":"https:\/\/artia13.city\/?p=1394"},"modified":"2026-05-24T03:51:24","modified_gmt":"2026-05-24T03:51:24","slug":"la-france-abandonne-des-pepites-de-laboratoire-en-raison-de-financements-insuffisants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/artia13.city\/?p=1394","title":{"rendered":"La France abandonne des p\u00e9pites de laboratoire en raison de financements insuffisants"},"content":{"rendered":"<figure> <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/laboratoire-lpicm.jpg\" alt=\"Ces p\u00e9pites de laboratoire que la France laisse d\u00e9p\u00e9rir\" loading=\"lazy\"> <\/figure><div><p>Le paradoxe est saisissant. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le Plan Deeptech, lanc\u00e9 en 2019 et dot\u00e9 de 3 milliards d&rsquo;euros, ambitionne de faire de la France un acteur majeur de l&rsquo;innovation de rupture. De l&rsquo;autre, les laboratoires publics fran\u00e7ais regorgent de d\u00e9couvertes prometteuses qui ne franchissent jamais la porte de l&rsquo;industrialisation. Pourtant, l&rsquo;argent ne manque pas : depuis 2019, plus de 2 100 startups ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de 3,7 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;aides \u00e0 l&rsquo;innovation via la banque Bpifrance. Alors pourquoi tant de spin-offs acad\u00e9miques meurent-elles en silence, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s leur cr\u00e9ation ?<\/p><h2 class=\"inter-titre\">Un gouffre entre le labo et le march\u00e9<\/h2><p>Le premier obstacle est structurel. On parle de \u00ab\u00a0valleys of death\u00a0\u00bb pour qualifier cette phase critique qui s\u00e9pare le prototype de la mise en march\u00e9. Les startups Deeptech ne ressemblent pas aux autres. Elles exigent des cycles de d\u00e9veloppement bien plus longs. Pour mettre au point un nouveau produit Deeptech, l&rsquo;investissement est de l&rsquo;ordre de 100 millions d&rsquo;euros sur dix \u00e0 quinze ans, avec un risque d&rsquo;\u00e9chec \u00e9lev\u00e9. Or les fonds de capital-risque classiques ont des horizons de cinq \u00e0 sept ans.<\/p><p class=\"mise_en_avant\">\u201cLe temps long de la science se heurte frontalement au temps court de la finance.\u201d<\/p><p>Les startups Deeptech consomment 2,5 fois plus de capital que celles du num\u00e9rique, selon Bpifrance. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre structurel n&rsquo;est pas sans cons\u00e9quence. Le taux moyen de survie des entreprises \u00e0 cinq ans en France est de 50 %, selon l&rsquo;INSEE. Pour les spin-offs acad\u00e9miques Deeptech, les conditions de d\u00e9part sont encore plus d\u00e9favorables : ticket d&rsquo;entr\u00e9e \u00e9lev\u00e9, d\u00e9lai de mise sur le march\u00e9 incertain, clients industriels longs \u00e0 convaincre. Le r\u00e9sultat est pr\u00e9visible. Beaucoup ferment avant d&rsquo;avoir prouv\u00e9 leur mod\u00e8le \u00e9conomique.<\/p><h2 class=\"inter-titre\">Le talon d&rsquo;Achille : des \u00e9quipes trop scientifiques<\/h2><p>Au-del\u00e0 du financement, c&rsquo;est la composition des \u00e9quipes fondatrices qui pose probl\u00e8me. En France, les spin-offs issues des labos sont tr\u00e8s souvent port\u00e9es par des chercheurs brillants. Mais ces profils manquent fr\u00e9quemment de comp\u00e9tences industrielles, commerciales ou manag\u00e9riales. Le S\u00e9nat a identifi\u00e9 plusieurs angles morts dans la valorisation de la recherche publique.<\/p><p class=\"mise_en_avant\">\u201cLes principales failles sont : l&rsquo;absence d&rsquo;une r\u00e9elle strat\u00e9gie de valorisation et la carence des moyens destin\u00e9s \u00e0 la maturation et au transfert de technologies.\u201d<\/p><p>En effet, un chercheur qui sait publier dans Nature ne sait pas n\u00e9cessairement n\u00e9gocier avec un grand compte industriel. C&rsquo;est un m\u00e9tier diff\u00e9rent. Les SATT, ces soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration du transfert de technologies cr\u00e9\u00e9es en 2012 dans le cadre des investissements d&rsquo;avenir, ont tent\u00e9 de combler ce vide. Elles financent la maturation technologique. Mais leur r\u00f4le reste limit\u00e9 dans la dur\u00e9e. Elles passent le relais, sans garantir que quelqu&rsquo;un de comp\u00e9tent soit l\u00e0 pour le saisir. Le cha\u00eenon manquant, c&rsquo;est le profil hybride : mi-scientifique, mi-industriel. Cette figure est rarissime en France. Elle est pourtant centrale dans les mod\u00e8les qui fonctionnent.<\/p><h2 class=\"inter-titre\">Ce que MIT et Stanford font diff\u00e9remment<\/h2><p>L&rsquo;\u00e9cart avec les universit\u00e9s am\u00e9ricaines est r\u00e9v\u00e9lateur. Au MIT et \u00e0 Stanford, le transfert technologique est une culture, pas un dispositif administratif. Parmi les facteurs cl\u00e9s de succ\u00e8s identifi\u00e9s par le MIT, figurent des d\u00e9cennies de tradition de collaboration avec l&rsquo;industrie, une tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec \u00e9rig\u00e9e en principe, et un \u00e9cosyst\u00e8me de capital-risque d\u00e9velopp\u00e9 symbiotiquement avec l&rsquo;universit\u00e9.<\/p><p>Cette derni\u00e8re dimension est d\u00e9cisive. Stanford et le MIT ont adopt\u00e9 une approche relativement peu interventionniste dans la construction de leurs \u00e9cosyst\u00e8mes. Cette strat\u00e9gie a fonctionn\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une culture entrepreneuriale forte et \u00e0 des partenariats industriels profond\u00e9ment ancr\u00e9s dans les deux institutions. \u00c0 Cambridge (Massachusetts) comme \u00e0 Palo Alto, les entrepreneurs en s\u00e9rie gravitent autour des campus. Ils co-fondent, ils accompagnent, ils investissent. La recherche financ\u00e9e directement par l&rsquo;industrie a repr\u00e9sent\u00e9 176 millions de dollars, soit environ 20 % du budget total de recherche du MIT pour l&rsquo;exercice 2025. En France, 45 % des financements Deeptech proviennent du secteur public, contre seulement 26 % aux \u00c9tats-Unis, selon une \u00e9tude Hello Tomorrow et BCG. L&rsquo;argent public est donc omnipr\u00e9sent. L&rsquo;argent priv\u00e9 patient, lui, reste l&rsquo;exception.<\/p><h2 class=\"inter-titre\">Reconstruire la cha\u00eene, maillon par maillon<\/h2><p>Des solutions existent. Elles n\u00e9cessitent de revoir la cha\u00eene de valeur dans son ensemble. Premi\u00e8rement, la France doit former des profils entrepreneuriaux au sein m\u00eame de ses laboratoires. Certaines SATT l&rsquo;ont compris. Chez Conectus, les chercheurs c\u00f4toient les entrepreneurs au quotidien, gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9quipes aux parcours mixtes public-priv\u00e9. C&rsquo;est encore trop rare. Deuxi\u00e8mement, le pays doit structurer une offre de \u00ab\u00a0patient capital\u00a0\u00bb priv\u00e9. Les fonds \u00e0 horizon quinze ans sont quasi inexistants en dehors de Bpifrance. Or l&rsquo;\u00c9tat ne peut pas tout financer ind\u00e9finiment. Troisi\u00e8mement, les grandes entreprises fran\u00e7aises, comme Total, Air Liquide, Michelin ou Dassault, doivent jouer un r\u00f4le d&rsquo;ancrage industriel d\u00e8s l&rsquo;amor\u00e7age. Pas seulement comme clients futurs, mais comme co-d\u00e9veloppeurs d\u00e8s le stade laboratoire. C&rsquo;est ainsi que fonctionnent les meilleurs clusters am\u00e9ricains. En 2022, Bpifrance a renforc\u00e9 ses moyens via France 2030, en finan\u00e7ant notamment les P\u00f4les Universitaires d&rsquo;Innovation, pour rapprocher acad\u00e9miques et industriels.<\/p><p>Un signe d\u2019espoir \u00e9merge : de nouveaux entrepreneurs Deeptech, moins acad\u00e9miques, s\u2019associent d\u00e9sormais \u00e0 des chercheurs pour valoriser des technologies existantes. Cette figure hybride manque encore \u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me fran\u00e7ais. Pour l\u2019encourager, il faudrait cr\u00e9er des passerelles plus pr\u00e9coces entre laboratoires et industriels. Car malgr\u00e9 1,3 milliard d\u2019euros investis par Bpifrance en 2024, la Deeptech fran\u00e7aise reste largement financ\u00e9e par l\u2019argent public.<\/p><p class=\"mise_en_avant\">\u201cLes fonds priv\u00e9s, notamment les corporate ventures, interviennent encore trop tard, une fois les risques technologiques absorb\u00e9s par l\u2019\u00c9tat.\u201d<\/p><p>La direction est bonne. Mais le chemin reste long. La France a su cr\u00e9er les graines. Elle n&rsquo;a pas encore construit le sol fertile pour qu&rsquo;elles survivent.<\/p><\/div><p>Source : Hello Tomorrow, BCG, Bpifrance, INSEE.<\/p><figcaption><a href=\"https:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/ces-pepites-de-laboratoire-que-la-france-laisse-deperir-134432\/\">Source<\/a><\/figcaption>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le paradoxe est saisissant. 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