Disparitions forcées au Mexique : Quand le gouvernement joue à l'autruche

Cédric Balcon-Hermand
04.04.2026

Disparitions forcées au Mexique : Quand le gouvernement joue à l’autruche

Le gouvernement mexicain rejette un rapport accablant des Nations unies sur les disparitions forcées, tout en prétendant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ironie ou tragédie ?

Le 2 avril, le gouvernement mexicain a décidé de balayer d’un revers de main un rapport du Comité des Nations unies sur les disparitions forcées (CED). Ce document, qui évoque la complicité d’agents de l’État dans ces disparitions, est qualifié par Mexico de « tendancieux ». On pourrait presque croire que le gouvernement joue à cache-cache avec la réalité, tout en se drapant dans une cape de vertu.

Ce qui se passe réellement

Le rapport du CED souligne que « les disparitions sont commises avec la participation, l’acquiescement et l’omission, à de multiples niveaux, de fonctionnaires ». En d’autres termes, le gouvernement mexicain serait plus impliqué qu’il ne le prétend. La découverte en 2025 du Rancho Izaguirre, un camp d’entraînement lié au Cartel Jalisco Nouvelle Génération, où des centaines de disparus ont été brûlés dans des « crématoriums » artisanaux, n’est qu’un exemple de cette tragédie. Les autorités locales, apparemment, étaient au courant depuis 2019. Mais qui a besoin de preuves quand on peut simplement nier ?

Dans un communiqué, le gouvernement a déclaré qu’il « rejette le rapport car il ne tient pas compte » des améliorations apportées au système judiciaire. On se demande alors si ces améliorations incluent l’augmentation du nombre de disparus, qui a été multiplié par huit entre 2017 et 2025, atteignant un total de 130.178 personnes disparues depuis 2006. Mais, bien sûr, tout cela est juste une coïncidence.

Pourquoi cela dérange

Les incohérences sont frappantes. D’un côté, le gouvernement assure qu’il ne tolère pas les disparitions forcées ; de l’autre, les chiffres sont alarmants. Plus de 72.000 cadavres non identifiés traînent dans le pays, et les collectifs de recherche de disparus, qui font le travail que l’État refuse de faire, sont eux-mêmes en danger. La tragédie des deux Cecilia, membres de ces collectifs, en est un triste exemple. L’une a été enlevée et tuée, tandis que l’autre enterrait les restes de son fils après sept ans de recherche.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette situation sont désastreuses. Les familles des disparus sont laissées à elles-mêmes, tandis que les collectifs de recherche deviennent des cibles pour les organisations criminelles. Le Comité des Nations unies a même dû appeler le secrétaire général à intervenir pour soutenir ces collectifs. Mais que peut-on attendre d’un gouvernement qui préfère ignorer les problèmes plutôt que de les résoudre ?

Lecture satirique

Il est presque comique de voir un gouvernement qui se vante de ses réformes tout en laissant des milliers de personnes disparaître. C’est un peu comme un chef cuisinier qui brûle ses plats tout en prétendant avoir amélioré sa recette. La promesse d’un meilleur avenir semble s’évanouir dans la fumée des crématoriums artisanaux.

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres régimes autoritaires qui, eux aussi, préfèrent nier les violations des droits humains. Que ce soit aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, la tendance à ignorer les problèmes tout en se drapant dans une fausse légitimité est universelle. Mais au Mexique, cela prend une tournure particulièrement tragique.

À quoi s’attendre

Si cette tendance se poursuit, on peut s’attendre à une aggravation de la crise des disparitions. Les promesses de réformes risquent de rester lettre morte, et les familles des disparus continueront de vivre dans l’angoisse et l’incertitude.

Sources

Source : www.rfi.fr

Visuel — Source : www.rfi.fr
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