Des citoyens achètent des terres pour soutenir l’agriculture biologique à Juch
Juch (Finistère), reportage
Des terres agricoles sont désormais à la disposition de jeunes agriculteurs grâce à l’initiative de citoyens engagés. Ce dimanche matin de mai, une vingtaine de personnes, sous la pluie, se sont réunies pour découvrir une parcelle de 16 hectares qu’ils achètent ensemble dans la commune du Juch, en baie de Douarnenez. « Au total, nous sommes presque 200 coopérateurs », se réjouit Muriel, l’une des initiatrices du projet.
Les jeunes agriculteurs Louise, Romain et Jules, dans la trentaine, sont les premiers bénéficiaires de cette initiative portée par Kazel-Ha-Kazel, une foncière citoyenne et territoriale. Cette société coopérative d’intérêt collectif (Scic) a pour mission d’acheter des terres pour aider des agriculteurs à s’installer, à condition qu’ils pratiquent l’agriculture biologique.
Romain, agronome de formation, explique : « Nous ne sommes pas attachés à la propriété privée de la terre. Le droit locatif est protecteur pour les agriculteurs, et nous avons choisi de passer par une foncière pour réduire notre endettement. » Leur exploitation s’étendra sur 70 hectares, dont 10 hectares en cours d’achat, 20 en location auprès d’agriculteurs retraités, et le reste loué à d’autres foncières.
Kazel-Ha-Kazel se distingue par son ancrage local, avec 96 % des coopérateurs vivant dans le pays de Douarnenez. Ce projet a émergé en 2021 dans le cadre d’un Projet alimentaire territorial (PAT) visant à établir un diagnostic sur l’agriculture et l’alimentation dans la région.
Entre 2010 et 2020, la population agricole dans le Pays de Douarnenez a diminué de 37 %, passant de 397 à 252 personnes. L’accès à la terre est souvent cité comme le principal frein au renouvellement des générations dans ce secteur.
La Scic, créée officiellement en janvier 2025, a déjà réussi à réunir 107 200 euros, avec une contribution moyenne de 500 euros par coopérateur. Le prix d’achat des 16 hectares s’élève à 93 000 euros, un montant jugé relativement élevé par les agriculteurs.
Kazel-Ha-Kazel vise à rendre ces terres inaliénables, permettant ainsi à d’autres agriculteurs de les relouer dans le futur. Cette initiative pourrait représenter un levier contre l’accaparement des terres et favoriser l’agriculture paysanne face à la pression des exploitations industrielles.
Source : Reporterre












