Un boom des installations de fermes florales bio en France
Plouigneau (Finistère), reportage
Le secteur de la fleur coupée en France connaît un renouveau. En effet, des fermes florales bio, comme celle d’Émeline Declerck à Plouigneau, se multiplient depuis moins de dix ans. Émeline, qui cultive des centaines de variétés de fleurs sur une parcelle de 1,4 hectare, a observé une augmentation des installations dans le pays. « J’ai dû arrêter de l’arroser tellement elle ne cessait de pousser », déclare-t-elle en récoltant des tiges de Daucus Carota Dara, une plante de la famille des carottes, prisée pour sa fleur pourpre.
En France, la fleur coupée a connu son apogée dans les années 1950 avant de décliner à partir des années 1970, avec 85 % des fleurs commercialisées aujourd’hui provenant de l’étranger. Cependant, des voix comme celle d’Églantine Berthet, floricultrice en Alsace, évoquent un « boom des installations » de fermes florales bio.
Les fleurs de Lescinquit, la ferme d’Émeline, sont vendues sur les marchés et dans des magasins bio. Ce modèle s’inscrit dans le mouvement Slow Flower, qui valorise les fleurs locales et de saison. Émeline a été inspirée par la ferme Floret Flower aux États-Unis, pionnière dans ce domaine, qui a su démontrer qu’il est possible de cultiver des fleurs de saison tout en respectant l’environnement.
Actuellement, il existe 278 entreprises de fleurs coupées en France, représentant 457 hectares de surface agricole, selon l’interprofession française de l’horticulture, Valhor. Toutefois, la majorité des fleurs cultivées en France reste conventionnelle, et les floricultrices doivent faire face à un manque de formation spécifique en fleur coupée bio. Émeline souligne que les itinéraires techniques pour la culture de fleurs bio sont presque inexistants.
Pour structurer leur filière, Émeline et d’autres floricultrices ont fondé en 2023 le Collectif de la ferme florale bio, qui regroupe des producteurs et des semenciers pour promouvoir la fleur locale bio. Cependant, elles se heurtent à des difficultés d’approvisionnement en semences bio, les exploitantes devant parfois demander des dérogations pour cultiver des fleurs dont les semences ne sont pas labellisées.
Ces défis soulèvent des questions éthiques, notamment concernant la culture des tulipes, dont les bulbes proviennent des Pays-Bas et sont souvent traités. Émeline se demande si elle doit continuer à cultiver ces fleurs, qui sont cruciales pour le démarrage de sa trésorerie.
Pour conclure, le secteur des fleurs coupées bio en France semble en pleine expansion, mais il est confronté à des défis importants en matière de formation et d’approvisionnement en semences.
Source : Reporterre












