Face aux entreprises privées qui se ruent vers les étoiles, une gouvernance internationale de l’espace devient indispensable
Il y a dix ans, l’orbite basse comptait 2 000 satellites actifs. Aujourd’hui, ce chiffre s’approche des 20 000, et jusqu’à un million de nouveaux satellites pourraient être lancés dans les années à venir. Cette explosion du trafic spatial incite les chercheurs à réclamer des règles internationales plus strictes.
Les académies des sciences des pays membres du G7 ont fait de la gouvernance internationale de l’espace un enjeu majeur en vue du sommet des dirigeants du G7, qui se tiendra du 15 au 17 juin à Évian, en France. L’essor fulgurant des grandes constellations de satellites durant la dernière décennie ouvre la perspective d’un accès quasi universel à l’internet haut débit. Cependant, cette croissance s’accompagne de risques encore mal compris.
Parmi ces risques figurent la pollution du ciel nocturne, les perturbations de la recherche astronomique, l’augmentation du risque de collisions entre satellites, ainsi que les dangers liés au retour sur Terre d’un grand nombre de satellites. La compréhension de l’impact humain sur l’environnement spatial proche de la Terre est aujourd’hui à un stade comparable à celui des connaissances sur le changement climatique dans les années 1990. Bien que l’intensification des activités humaines provoque d’importantes perturbations dans l’environnement spatial, il reste incertain si un point de bascule est imminent.
Dans ce contexte, l’une des recommandations les plus importantes adressées aux États membres du G7 consiste à créer un groupe intergouvernemental sur la durabilité spatiale (IPSS).
La recherche sur les impacts des activités humaines dans l’espace en est encore à un stade précoce. Il est difficile de déterminer à quel moment certaines altitudes orbitales deviendront si encombrées de débris qu’elles atteindront leur capacité opérationnelle maximale. De plus, l’augmentation du nombre de lancements de fusées — avec plus d’une fusée lancée chaque jour — pourrait menacer la reconstitution de la couche d’ozone.
Actuellement, plusieurs organismes scientifiques conseillent les pouvoirs publics sur les enjeux de durabilité de l’espace, comme le Comité de coordination interagences sur les débris spatiaux, qui traite de la pollution de l’environnement spatial. Toutefois, aucun organisme unique n’offre une expertise globale pour éclairer les décisions politiques. La situation rappelle celle de la recherche sur le changement climatique, où le Groupe consultatif sur les gaz à effet de serre a évolué vers le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Il est crucial de structurer cet IPSS pour aborder la gouvernance spatiale de manière comparable au GIEC. L’un de ses premiers objectifs devrait être de définir des seuils mondiaux de durabilité, identifiant les limites au-delà desquelles certaines altitudes orbitales atteignent leur capacité de charge.
Ainsi, un IPSS devrait s’appuyer sur plusieurs groupes de travail pour fournir des synthèses scientifiques aux décideurs, notamment sur l’état de l’orbite basse terrestre comme ressource limitée, les risques de collision, et les effets de la météorologie spatiale. Un autre groupe pourrait se concentrer sur les impacts environnementaux des grandes constellations de satellites, y compris l’appauvrissement de la couche d’ozone et les modifications de la chimie atmosphérique.
Enfin, il est nécessaire d’établir des normes internationales claires concernant la désorbitation des satellites en fin de mission et le retrait actif des débris spatiaux. En mettant en place une approche internationale coordonnée, l’IPSS pourrait contribuer à équilibrer les promesses des activités commerciales spatiales avec les risques environnementaux qu’elles engendrent, à l’instar du GIEC pour le climat terrestre.
Source : Les académies des sciences des pays membres du G7
